Un entretien obligatoire à 45 ans: en quoi le projet du gouvernement pourrait améliorer les fins de carrière ?

Rédigé le 12/05/2025

Selon plusieurs spécialistes, cet entretien de mi-parcours est un excellent moyen pour les salariés de faire le point et d'anticiper les difficultés qui pourraient advenir en fin de carrière, comme l'usure professionnelle ou la placardisation.

45 ans, ça peut paraître tôt pour parler de la fin de carrière. Pourtant, selon plusieurs spécialistes, l'entretien de mi-parcours est un bon moment pour anticiper. "Et prévoir, c'est le meilleur moyen pour éviter les situations de blocage lorsqu'on arrive à 55 ans", assure le psychologue du travail Samuel Laurent à BFM Business.

Justement, l'objectif du gouvernement est d'améliorer l'emploi des séniors, qui n'atteint que de 58% pour les 55-64 ans contre 82% chez les 25-49 ans. Les partenaires sociaux se sont entendus sur un accord qui doit être présenté au Parlement en juin. Parmi les propositions, ils suggèrent de mettre en place deux entretiens professionnels, à 45 ans et entre 58 et 60 ans.

"Ils se sentent coincé à 55 ans"

Une visite médicale est déjà obligatoire à 45 ans, ainsi qu'un entretien de carrière tous les six ans, mais l'objectif est de renforcer ces dispositifs.

"Une très bonne idée, selon Samuel Laurent. Dans le quotidien, on oublie de se poser la question: est-ce que je peux continuer dans ma profession encore longtemps?"

"Dans certains métiers, comme le médico-social ou la grande distribution, c'est difficile de continuer. Mais les gens se disent qu'ils ne savent pas faire autre chose, ils se sentent coincé à 55 ans et ils essaient de continuer jusqu'à la fin. Et généralement, c'est dans ces cas-là que ça se passe mal", témoigne le psychologue du travail.

"Actuellement, il y a un vrai manque d’anticipation par rapport à l’employabilité, il faut créer une vraie culture de la formation et de la réflexion sur la carrière à 45 ans."

Perspectives, envies, pénibilité... Un moment pour faire le point

Concrètement, ces entretiens peuvent permettre de faire le point sur trois volets. "Tout d'abord, c'est l'occasion de demander au salarié quelles sont ses perspectives, ses envies, les réalisations qu'il a envie d'accomplir pour retrouver du pouvoir d'agir", explique Boutayna Burkel, fondatrice du cabinet de conseils en ressources humaine The Helpr.

C'est aussi le moment d'examiner les éléments de pénibilité, d'usure professionnelle et de santé mentale. Cet entretien permet d'examiner les impacts des changements organisationnels spécifiques, notamment technologiques, sur le travail d'un salarié. Enfin, après le constat, c'est le bon moment pour envisager des solutions.

"C'est une bonne occasion pour établir la conversation, pour parler de dispositifs RH dont le salarié n'avait peut-être pas connaissance", explique Boutayna Burkel à BFM Business.

De nombreuses solutions

Et les solutions sont nombreuses selon elle: journées de télétravail supplémentaires, flexibilisation du temps de travail, formations, dispositif de coaching, mécénat de compétence, mentorat...

Autant de dispositifs qui, sans faire des miracles, peuvent soit alléger la pénibilité, soit permettre au salarié de retrouver de l'épanouissement au travail. L'objectif est ainsi d'anticiper les blocages et d'éviter les démissions ou les licenciements pour inaptitude.

Autre effet bénéfique, cette adaptation pourrait renforcer l'employabilité des séniors et leur capacité à changer d'entreprise. Néanmoins, un gros travail reste à faire sur les préjugés dont ils sont victimes. "Il y a une forme d’obsolescence préprogrammée, ils subissent des discriminations à l'embauche liées à l'âgisme", rappelle Boutayna Burkel.

Source BFM Business - Marine Cardot