Visio, questions inattendues, savoir-être et culture d’entreprise: les codes de l’entretien d’embauche évoluent. Mais les attentes des recruteurs restent claires.
Les codes du recrutement ont profondément changé au fil des années. Selon une enquête effectuée par Hellowork, 64% des candidats souhaitent désormais parler salaire dès le premier entretien, contre 45% en 2016. Preuve d’une attente accrue de transparence, un candidat sur deux reçoit aujourd’hui une réponse à sa candidature, contre à peine 26% il y a neuf ans. Le processus s’humanise, les attentes évoluent: les candidats plébiscitent des structures plus petites, à taille humaine, et exigent une relation plus directe et authentique avec les recruteurs.
Mais du côté des employeurs, les attentes ont aussi évolué, et les recruteurs exigent désormais des compétences adaptées à un monde du travail en pleine évolution. "Parmi les premières compétences qu’on évalue aujourd’hui, il y a la capacité à se connecter en visio", tranche Marie Hombrouck, fondatrice du cabinet de recrutement Atorus Executive et spécialiste du recrutement. Avec la généralisation des entretiens en ligne, maîtriser les outils numériques est devenu un prérequis. "Ce sont des compétences digitales et elles sont très attendues, notamment avec la montée en puissance de l’IA", insiste Marie Hombrouck.
"Est-ce que la personne va réussir à se connecter? Est-ce que son câble marche? Est-ce qu’il a fait la mise à jour? Tous ces éléments sont essentiels", selon l’experte.
L’apparence ne doit pas être négligée non plus, même à distance. Karine Branger, directrice des ressources humaines chez Konecta, avertit: "La distance fait que, quelquefois, on découvre des gens dans des tenues… intéressantes à noter". Sans aller jusqu'au costume trois-pièces obligatoire pour les hommes ou au tailleur pour les femmes, soigner son apparence pour un premier entretien reste la norme.
Préparation, cohérence et posture professionnelle
La qualité d’un entretien se mesure en effet dès les premiers instants. "Ces premières minutes sont essentielles", affirme Marie Hombrouck. Le candidat doit soigner sa posture, son écoute, et ne pas sous-estimer l’importance de travailler en amont: "encore une fois, on revient sur cette règle d’or: préparation, préparation, préparation", insiste l’experte.
"Il faut rester focus. Ce n’est pas parce qu’on est dans un contexte un peu différent qu’il faut se dissiper",, explique la spécialiste du recrutement.
Et même lors d’un entretien "décontextualisé", dans un café par exemple, la posture professionnelle reste attendue. "Ce n’est pas parce que c’est dans un cadre détendu que ce n’est pas un vrai entretien", explique Jenny Gaultier, directrice du Mercato de l’emploi. "Je dis aux candidats de faire attention à ce qu’ils commandent."
L’art de l’alignement: comprendre et se projeter
Plus qu’une simple évaluation de CV, l’entretien est devenu un moment d’échange et de projection. “L’entretien est clé: c’est dans cet espace qu’on voit la capacité d’une personne à entrer en relation avec un client", explique Karine Branger. D’où l’importance du savoir-être, souvent plus décisif que la compétence technique.
"À compétence égale, on choisit souvent le candidat qui se projette le mieux dans la culture d’entreprise", souligne l’experte.
Et si le savoir-être peut s’avérer décisif pour convaincre une entreprise, son absence peut au contraire signer la fin de son aventure professionnelle… "On recrute sur les compétences, on licencie sur le savoir-être", explique Jenny Gaultier. Selon la directrice du Mercato de l’emploi, évaluer ce savoir-être demande du temps: "Il faut comprendre les projets des candidats et leur alignement avec l’entreprise".
Les questions inattendues: un révélateur
Certaines questions peuvent également surprendre. "Batman ou Robin? Papier toilette blanc ou de couleur?", illustre Jenny Gaultier. Des provocations gratuites? Pas forcément. "C’est un moyen détourné de voir comment on réagit sous pression, comment on se projette", explique l’experte. Sa recommandation: garder son calme, relier la réponse au poste, et éviter les digressions inutiles.
"La meilleure chose à faire, c’est de réfléchir avant de répondre, de ne pas partir tout de suite dans des explications", conseille Jenny Gaultier.
"Les recruteurs ne cherchent pas à piéger, nous ne sommes pas là pour mettre mal à l’aise", rappelle Marie Hombrouck. Selon l’experte en recrutement, l’objectif est un autre, bien plus utile : savoir si le candidat va pouvoir s’épanouir dans l’entreprise. Et cela passe par une évaluation équitable, sans question discriminante: "Vous ne pouvez pas poser des questions sur l’âge, le sexe, la religion…", rappelle l’experte.
IA, feedback et attention au candidat
L’intelligence artificielle a beau s’inviter dans les processus RH, elle ne remplace pas le discernement humain. "Le chatbot pourrait écarter des candidats intéressants sur des critères non décisifs", prévient Marie Hombrouck. "On teste des approches sans CV, mais toujours de façon mesurée", tempère Karine Branger.
"L’authenticité, la cohérence et la formation des recruteurs permettent un discours simple et authentique."
Dernier point crucial: le retour envoyé aux candidats. "Ayez l’audace de demander un feedback", encourage Jenny Gaultier. Les recruteurs, eux, doivent répondre, même en cas de refus. "Mieux vaut un message que rien du tout pour éviter la frustration", souligne Marie Hombrouck.
Source BFM Business - Ilane Martins Ambrosio