L’IA au service des RH : comment se préparer ?

Rédigé le 26/08/2025

Quels nouveaux usages l’IA induit-elle dans la gestion des ressources humaines et quelles adaptations nécessaires en résulte-t-il ? Telles étaient les questions abordées lors de la conférence du Cercle des entreprises engagées du 26 mars dernier.

A l’occasion d’une nouvelle conférence du Cercle des entreprises engagées, réunie le 26 mars dernier à Paris, dans les locaux de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, une table-ronde était consacrée aux évolutions des métiers RH induites par le développement de l’IA. Fabienne Broucaret, rédactrice en chef de Courrier Cadres, en charge d’animer cette table-ronde, a ainsi tendu le micro à Agnès Tran-Pommel, responsable de la conduite du changement et du marketing en Ressources Humaines de BNP Paribas, et à Jean-Noël Chaintreuil, fondateur et directeur de Change Factory, afin qu’ils témoignent de leur expérience.

Comme l’a préalablement souligné Yves de La Villeguérin, président de GRF, l’IA entraine des bouleversements dans les fonctions RH avec notamment des recrutements automatisés. Les responsables RH doivent être garants de l’usage de l’IA et de sa conformité aux valeurs de l’entreprise.

Si le sujet de l’IA n’est pas nouveau chez BNP Paribas, Chat-GPT a provoqué un chambardement et le danger de fuite de données personnelles a nécessité la mise en place d’un cadre avec la direction informatique, a abondé Agnès Tran-Pommel.

Divers usages pour les RH

« Si les mots-clés sont déjà utilisés depuis 25 ans en matière de recrutement, est intervenu à son tour Jean-Noël Chaintreuil, l’IA permet de nouveaux usages notamment dans la mobilité interne : on peut par exemple entrer dans l’outil les compétences tant professionnelles que personnelles d’un collaborateur et tracer ensuite un parcours de formation ou de mobilité interne personnalisé ». Sans compter que l’IA peut faire de la prospective sur les besoins de l’entreprise. « L’IA a le mérite de proposer des solutions sans les barrières des humains, ce qui permet des sauts de pensée, » a souligné Jean-Noël Chaintreuil.

Pour Agnès Tran-Pommel, la sélection de CV doit rester à la main des RH. En revanche, l’IA lui parait être un bon outil de synthèse par exemple des entretiens de recrutement. Avantage à la clé : le recruteur peut mieux se concentrer sur l’écoute du candidat.

L’experte apprécie également l’efficience de l’IA dans la traduction de documents écrits dans une langue étrangère ou encore pour rechercher des informations dans une masse de documents.

Elle est aussi très efficace dans le matching de compétences. Et un autre usage possible est celui d’un chatbot interne pour répondre plus facilement aux questions des collaborateurs.

Une supervision nécessaire

Jean-Noël Chaintreuil a insisté sur la nécessité pour les RH de se former de manière à comprendre l’IA. Or il n’existe actuellement aucun parcours de formation pour les RH alors qu’ils sont les premiers prescripteurs de formations IA pour les autres métiers.

Agnès Tran-Pommel a rebondi en évoquant la création d’une équipe de data scientists au sein du département RH de BNP Paribas, à charge pour ces derniers de s’imprégner de la culture RH de l’entreprise.

« L’IA va faire gagner du temps, personnaliser les parcours, mais il faut des humains issus des RH pour superviser les usages de l’IA, » a-t-elle nuancé.

Un cadre nécessaire

« Ces nouveaux usages induits par l’IA posent en effet diverses questions, sur le plan éthique, mais aussi de la sobriété, a repris Jean-Noël Chaintreuil. Que veut-on faire ? Il y a des risques et des limites à l’usage de l’IA et il faut les avoir en tête ».

C’est bien pourquoi la direction RH de BNP Paribas, en lien avec la direction informatique et l’équipe Data, a écrit une charte comportant une douzaine de règles. « En la signant, les collaborateurs s’engagent notamment à développer des modèles sans biais et de bonne taille au regard de l’environnement, a indiqué Agnès Tran-Pommel. Au-delà des managers, on cherche à embarquer tout le monde. Chacun doit comprendre l’IA ».

« De fait, il faut veiller à ne pas créer deux catégories de personnes dans l’entreprise, a confirmé Jean-Noël Chaintreuil, entre ceux qui sauraient et ceux qui ne sauraient pas utiliser l’IA. Celle-ci doit être au service de l’inclusion en augmentant l’égalité des chances ».

Des qualités humaines à développer

Pour l’expert, « le déploiement de l’IA entraine le développement de qualités humaines pour les équipes RH, telles que l’humilité car on part de zéro, la curiosité liée vs l’envie de tester, sans oublier l’exemplarité : les RH doivent montrer l’exemple auprès de l’ensemble des collaborateurs. » Avis partagé par Agnès Tran-Pommel qui cite également l’empathie.

Une démarche optimiste, coordonnée et réaliste

Pour la porte-parole de BNP Paribas, intégrer l’IA dans l’entreprise suppose un travail « main dans la main » avec les équipes informatique et Data. Il faut fixer rapidement le cadre, anticiper les talents dont on a besoin, mais aussi échanger avec ses parties prenantes, les partenaires sociaux et les managers, sans oublier d’expliquer la démarche aux collaborateurs afin d’éviter de nourrir leurs craintes éventuelles. Le tout dans une démarche optimiste, ordonnée, structurée, en sachant pourquoi on l’engage.

« Conserver un esprit critique est crucial, » a ajouté Jean-Noël Chaintreuil.

Les entreprises, maillon de la cohésion sociale

Également convié à la conférence, Gérard Leseul, député de Seine-Maritime et co-président du groupe d’étude RSE à l’assemblée nationale, a à son tour exprimé son point de vue sur les implications de l’IA qu’il a qualifiée de « chance et d’outil précieux », tout en pointant « l’inquiétude qu’elle génère pour le corps social ». Il a également abordé les data centers et le stockage des données, ce qui pose la question de la sécurisation, mais aussi de la souveraineté dans la mesure où nombre des data centers actuels sont américains.

Il a par ailleurs souligné lui aussi le besoin de maintenir l’humain, surtout « dans le contexte actuel de risque de fracturation sociale, géographique, générationnelle ». Or dans le cadre de la loi de simplification, diverses instances sont appelées à disparaitre, à commencer par les comités économiques et sociaux régionaux (CESER), ce qu’il regrette. Pour le député, les entreprises ont ainsi un rôle d’autant plus important à jouer dans le maintien de la cohésion sociale.

Enfin, à l’occasion de la présentation par Hubert Tondeur de son ouvrage sur la RSE en infographies, édité par GRF, Gérard Leseul a souligné l’intérêt de ne pas renoncer à la RSE en dépit du report par l’UE de la mise en œuvre de la directive CSRD, « car elle peut conférer un avantage concurrentiel pour les entreprises. »

Source Courrier Cadres