Dans une récente étude de Robert Walters, 64 % des salariés français déclarent être anxieux à l'idée de reprendre le travail. Christophe Nguyen, fondateur d'Empreinte Humaine et psychologue du travail, nous explique pourquoi le contexte est inédit et comment y faire face.
En cette rentrée professionnelle, plus de 6 professionnels sur 10 (64 %) se déclarent « anxieux » à l’idée de retourner au travail après leurs congés. 30 % se disent carrément « stressés » par la reprise, d’après une nouvelle enquête* du cabinet Robert Walters. De surcroît dans le monde du travail actuel : les jours de télétravail pourraient être réduits, des jours fériés supprimés, l’économie ne pas redémarrer, et le gouvernement dissout une fois encore. Le tout dans un contexte où les écrans sont omniprésents. « Tous ces facteurs contribuent à l’anxiété des salariés français. Ce n’est pas nouveau, mais l’accumulation des récentes crises, et le fait qu’elles s’inscrivent dans le temps, engendre un niveau d’anxiété sans précédent », a observé Christophe Nguyen, fondateur du cabinet Empreinte Humaine et psychologue du travail.
Une rentrée stressante
L’étude révèle également que les congés imposés à cette période par les entreprises ne satisfont pas la plupart des salariés interrogés (57 %) : 39 % souhaiteraient avoir davantage de flexibilité concernant le moment où ils peuvent partir en vacances, 11% aimeraient pouvoir choisir la durée (plus ou moins longue) et 7 % indiquent qu’ils préfèreraient que ces congés estivaux ne soient tout simplement pas imposés. Ils redoutent, par ailleurs, d’avoir moins de jours à poser le restant de l’année et d’accumuler de la fatigue. La rentrée professionnelle peut être d’autant plus stressante si « elle a été mal anticipée » ou si la déconnexion digitale n’a pas été totale. « Les collaborateurs ne se sentent pas véritablement reposés lorsqu’ils reviennent au bureau », regrette Valérie Pinardon, manager au sein du cabinet Robert Walters.
D’après Christophe Nguyen, le plus préoccupant reste l’instabilité économique : « L’incertitude économique entraîne une maîtrise des coûts, donc une surcharge de travail. Il faut faire plus avec moins sans perspective d’augmentation de salaire. Le pouvoir d’achat des individus est impacté, leur temps libre aussi. La crise économique les empêche de se projeter dans l’avenir. Ils ont un sentiment d’impuissance, voire de perte de repère, d’espoir, de sens au travail. » Ce phénomène s’exacerbe au retour des vacances estivales, car c’est précisément le moment où « l’on prend du recul, où l’on s’interroge, où l’on revient aux fondamentaux. »
5 conseils pour gagner en sérénité
- Etre indulgent vis-à-vis de soi-même
De retour au travail, le premier réflexe à adopter est de s’octroyer une ou plusieurs journées pour reprendre progressivement et en douceur. Il s’agit de prioriser les tâches à réaliser, voire d’en remettre certaines non-urgentes à plus tard. « Nous avons moins d’énergie que d’habitude, mais il ne faut pas culpabiliser ! Le rythme normal va revenir bien assez vite », plaisante le psychologue du travail.
2. Planifier sa prochaine récupération
La seconde chose à faire est de planifier aussitôt ses prochaines vacances. Cela permet « d’avoir une nouvelle perspective de repos en tête, de se motiver à l’idée d’une nouvelle pause réjouissante », poursuit-il. Car, comme pour les sportifs, le repos fait partie de l’entraînement. Il est bon de le prévoir à l’avance.
3. Sanctuariser des activités extra-professionnelles
Le troisième objectif est de démarrer ou de pérenniser les activités « qui nous ont fait plaisir pendant l’été ». Il est fondamental, notamment pour les professions intellectuelles des cadres, de « stimuler d’autres zones du cerveau et d’autres sensations physiques » que celles mobilisées au bureau. Que ce soit le soir ou le week-end, elles permettent de partir à l’heure, de prendre du temps pour soi et d’évacuer le stress.
4. Ne pas accumuler trop d’heures de travail
Une fois la machine relancée, il est tentant de retomber dans certains travers, comme cumuler les heures supplémentaires. Christophe Nguyen prévient : « Il faut se forcer à ne pas travailler plus de 50 heures par semaine. C’est vraiment la limite à ne pas dépasser pour ne pas détériorer sa santé physique et mentale. »
5. Déconnecter des écrans
L’autre tentation, enfin, à laquelle il est facile de céder est : l’hyperconnexion. Si l’un des facteurs les plus plaisants pendant les vacances est de ne pas avoir les yeux rivés sur les écrans, le retour au travail contraint inévitablement à se replonger dans les mails, les appels, les visioconférences, les dossiers à rendre, etc. Le psychologue du travail recommande ainsi « de déconnecter le soir après le travail pour faire du sport, aller au parc avec ses enfants, cuisiner ou lire un livre. Mais surtout ne pas scroller sur les réseaux sociaux ! »
À noter, toujours d’après l’étude du cabinet Robert Walters, qu’une minorité de répondants (22 %) se sent prête à reprendre le travail. Une poignée d’actifs (14 %) est même excitée à l’idée de la reprise.
*Enquête menée en 2025 par le cabinet Robert Walters auprès de 440 professionnels en France.
Source Courrier Cadres