Pour inciter les Français à consommer, le gouvernement veut permettre aux salariés de débloquer jusqu’à 2.000 euros sur leur épargne salariale sans payer d'impôt. En parallèle, des députés proposent le même dispositif avec un montant bien plus élevé, à 50.000 euros. Mais cela risquerait d'assécher l'investissement des entreprises.
Le gouvernement est à la recherche de solutions pour relancer la consommation. Car l'épargne des Français est au plus haut (à près de 19% du revenu disponible en 2025), mais ils rechignent à faire sortir cet argent pour l'injecter dans l'économie réelle.
Alors pour leur donner envie de dépenser et donner un coup de pouce à leur pouvoir d'achat, Serge Papin, le ministre des PME, veut permettre aux salariés de débloquer jusqu’à 2.000 euros sur leur épargne salariale sans payer d'impôt. Les salariés qui gagnent jusqu’à deux Smic (soit 3.646 euros bruts) pourraient ainsi débloquer cette somme sur leur intéressement ou leur plans épargne entreprise (PPE).
Une proposition de loi va d'ailleurs dans le même sens. Portée par la députée Droite républicaine Sylvie Bonnet, et cosignée notamment par Stéphane Viry (Liot), elle doit être "prochainement débattue", normalement le 14 janvier devant la commission des Affaires sociales puis le 22 janvier en séance publique.
"Débloquer ces sommes pour des achats du quotidien"
Or cette proposition prévoit pour sa part un plafond de retrait de 50.000 euros, sans critère de salaire. Pourquoi le gouvernement s'est-il alors limité à 2.000 euros, alors qu'il aurait pu proposer, comme les députés, un montant bien plus important?
"Entre 2.000 et 50.000 euros, ça fait une énorme différence effectivement", reconnaît-on du côté ministère de l'Economie. Mais en réalité, l'épargne salariale peut déjà être débloquée sans fiscalité à certaines occasions pour de grosses dépenses: mariages, décès, déménagement, travaux...
"Notre objectif [avec ces 2.000 euros] est que les gens puissent débloquer ces sommes pour des achats du quotidien: un resto, se payer des vacances, acheter un canapé pour la maison", explique Bercy.
"En utilisant l'épargne salariale, ils n'auront pas l'impression de toucher à leurs comptes en banque", estime le ministère.
Ne pas asphyxier l'investissement des entreprises
Mais ce n'est pas la seule explication. Si le gouvernement veut donner un coup de pouce au porte-monnaie des Français, son objectif n'est pas que les salariés vident leurs comptes d'épargne salariale. Car l'ensemble de ces fonds sert à financer l'investissement des entreprises. Si les Français venaient à décaisser toutes ces sommes (200 milliards d'euros au total pour les PPE), cela pourrait mettre les entreprises en difficulté.
"Les organisations patronales nous disent de faire attention à ne pas vider le dispositif d'épargne salariale de sa substance. Les PEE sont fléchés vers le financement des entreprises, ça permet donc de financer l'économie. Ils sont gérés par les banques qui prêtent cet argent aux entreprises pour qu'elles investissent", explique Bercy.
Pas question donc d'asphyxier l'investissement des entreprises. Par ailleurs, défiscaliser de telles sommes reviendrait à priver l'Etat de recettes fiscales importantes. Un manque à gagner qui serait dommageable pour le gouvernement qui tente difficilement de boucler le budget afin de rester sous la barre des 5% de déficit public en 2026.
Source BFM Business - Marine Cardot