Le lundi est associé avec des niveaux de stress et de risques d'AVC plus élevés. Un phénomène dû au changement de rythme brutal entre le week-end et le début de la semaine. Ce stress peut se transformer en angoisse quand l'environnement de travail n'est pas sécurisant.
Ce lundi 19 janvier est-il le jour le plus déprimant de l'année? L'idée du "Blue Monday" qui ferait du troisième lundi de janvier le pire jour de l'année est un mythe total, inventé en 2005 par la compagnie aérienne britannique Sky Travel pour une campagne publicitaire visant à vendre des voyages en hiver.
L’idée reposait sur une prétendue formule scientifique censée démontrer que le troisième lundi de janvier serait le pire jour de l’année; une équation qui n’a aucune validité scientifique et qui a depuis été largement discréditée par les chercheurs.
Néanmoins, il comporte un fond de vérité. Tout d'abord, la déprime saisonnière, due au manque de lumière, est un phénomène documenté. Surtout, le lundi matin est source d'angoisse pour nombre de salariés, qui commencent dès la fin du week-end à stresser pour le début de la semaine qui commence.
Le lundi n'est pas un jour comme les autres: il concentre plus d’anxiété et de stress que les autres jours de la semaine. Et cela se voit dans les chiffres. Selon une meta-analyse de données, le lundi concentre 19% de plus d'infarctus et de morts cardiaques, tout sexe et âges confondus (Witte et al., 2005). Selon une autre étude, le lundi serait même associé à un nombre plus élevé de suicides (E. Kim et al., 2019).
"Le stress permet de mobiliser des ressources pour bien faire ce qui est important"
Le stress commence dès le dimanche soir, parfois même dès l'après-midi ou le midi. On commence à penser au retour au boulot, à ce qui nous attend, aux tâches qu'on n'a pas terminées le vendredi... Derrière ce sentiment commun se cachent plusieurs explications scientifiques.
"Si on a le blues du lundi matin, c'est qu'on a passé un bon week-end. C'est une affaire de rupture de rythme: pendant ces jours de repos, on fait généralement des activités qui nous ressourcent, qui nous plaisent, qui sont alignées avec nos valeurs", explique le psychologue du travail Samuel Laurent à BFM Business.
"Le retour au travail s'accompagne de demandes émotionnelles et énergétiques, sauf que le cerveau est fainéant par nature alors il va créer une forme de tristesse, c'est un mécanisme classique du changement de rythme."
Mais un autre facteur est à prendre en compte. La relation et la perception de l'individu vis-à-vis de son travail. "Quand quelque chose est important pour nous, notre corps déploie de l’énergie, il crée un peu de stress et ce n'est pas forcément mauvais, c'est même vecteur de bonne santé. Cela lui permet de mobiliser des ressources pour bien faire ce qui est important", analyse Samuel Laurent.
Le stress chronique ou quand le cortisol ne s'élimine plus
"En revanche, en fonction de l'entreprise, de la sécurité psychologique de l'environnement de travail, de la manière dont sont traités les salariés, le stress généré n'est pas le même", poursuit le spécialiste.
Selon lui, le stress est limité lorsqu'il y a un bon accompagnement, que les salariés savent ce qu'ils ont à faire, qu'ils sont reconnus dans leur compétences. À l'inverse, il est maximisé quand les salariés sont exploités, que les objectifs sont inatteignables, qu'on ne leur fait pas confiance, qu'ils sont micro-managés...
Mais alors comment faire la différence entre le bon et le mauvais stress? Déjà, son intensité doit être gérable, il ne s'agit pas de faire des crises d'angoisse le dimanche soir en pensant au retour au bureau. Les symptômes physiques ou les troubles du sommeil répétés doivent aussi vous alerter. Surtout, il faut commencer à s'inquiéter quand le stress devient chronique, c'est-à-dire qu'on n'arrive pas à récupérer. Si vous pensez au travail le soir, que la nuit nous n'arrivez pas à vous endormir, que le matin c'est la première chose qui vous vient en tête ou alors que vous vous réveillez avant le réveil... le stress devient permanent.
"Le corps a besoin de temps et de repos pour éliminer le cortisol (l'hormone du stress)", explique Samuel Laurent.
"Si vous êtes stressé huit heures par jour et que ça continue même la nuit, alors le cortisol s'accumule. Il peut y avoir des conséquences sur la digestion, la peau, le sommeil, la mémoire, la santé cardio-vasculaire... et à moyen-terme, c'est le risque de burn-out", alerte-t-il.
Un stress qui se prolonge même chez les retraités
Mais alors comment expliquer que ce stress lié au travail soit plus présent le dimanche soir, voire le lundi matin? Tout simplement parce que l'anxiété est le symptôme de l'anticipation et est dissipée par l'action. Selon Samuel Laurent, le mécanisme est le même qu'avant une présentation orale: dans les heures ou les minutes précédentes, le stress est très fort mais lorsque vous commencez à parler, ça se régule. C'est la même chose avec la semaine, une fois qu'on est dans le travail et l'action, ça va mieux.
Le pire, c'est que "l'effet lundi" et ses conséquences peuvent perdurer jusqu' après le départ en retraite. C'est ce que met en lumière une étude du chercheur Tarani Chandola, professeur de sociologie médicale, à partir des données de santé de plus de 3.500 adultes britanniques, âgés de 50 ans au minimum. "Le lundi agit comme un véritable amplificateur de stress culturel", explique le professeur dans un communiqué. Selon l'étude, le passage à la nouvelle semaine déclenche une cascade biologique qui persiste pendant des mois. Les personnes déclarant souffrir d'anxiété le lundi présentaient ainsi des niveaux cumulés de cortisol supérieurs de 23% par rapport à ceux qui ressentaient de l'anxiété d'autres jours de la semaine.
L'effet a été observé même chez les personnes à la retraite ce qui suggère que le corps et le cerveau n'oublient pas les habitudes ancrées. L'étude identifie en effet un déréglement de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), qui régule les hormones du stress, ce qui peut augmenter le risque de maladies cardio-vasculaires.
"Il ne s'agit pas du travail en lui-même, mais de l'ancrage profond du lundi dans notre physiologie du stress, même après la fin de leur carrière", note l'étude.
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Retour en douceur
Alors comment faire pour éviter, au maximum, les pics de stress le lundi matin ou le dimanche soir? "L'idée est d'adoucir les ruptures de rythme entre le weekend et le retour au travail", explique Samuel Laurent. Ainsi, dans la mesure du possible, il faut éviter de programmer des tâches ou des réunions importantes le lundi matin. Le psychologue conseille d'essayer de reprendre en douceur et de profiter de la matinée pour remettre le nez dans les dossiers, organiser sa semaine, préparer les rendez-vous importants...
"Il ne faut pas tout de suite se remettre dans le bain avec un stress important, on aurait pas idée de manger 18 burgers le lundi matin pour ne plus avoir à manger de la semaine", conclut-il avec humour.
Source BFM Business