Argent : les femmes à l’épreuve d’une vie plus longue (et souvent plus fragile)

Rédigé le 20/03/2026

Femmes et hommes entrent sur le marché du travail avec une connaissance tout aussi limitée des réalités salariales de leur futur métier. Mais leur capacité à ajuster leur trajectoire de carrière et de rémunération diverge. Les femmes peinent davantage à faire progresser leurs revenus et à les faire fructifier, ce qui accentue leur fragilité financière à la retraite, alors même qu’elles vivent plus longtemps. Regards croisés de Sibylle Le Maire, directrice exécutive chez Bayard et fondatrice du Club Landoy ainsi que de Françoise Neige, directrice de la gestion de fortune chez Natixis Wealth Management.

L’argent en France reste tabou, notamment lorsqu’on est une femme. « L’argent n’est pas un critère structurant dans la carrière des femmes. Sur l’instant, elles pensent faire un choix raisonnable, mais elles le paient plus tard. C’est de la myopie financière, a lancé Sibylle Le Maire, directrice exécutive chez Bayard, fondatrice du Club Landoy et de Vives média. Les mentalités évoluent, mais plus lentement que les réformes. L’émancipation économique et financière des femmes reste une promesse inachevée. »

D’après le Baromètre* « Les femmes et l’argent », dévoilé par Vives média ce mercredi, seulement 29 % de femmes se déclarent « à l’aise » pour négocier leur salaire lors de l’entretien d’embauche (contre 48 % des hommes). Ces différences de posture pourraient être rattrapées par la suite. Or, ce n’est pas le cas. On retrouve un chiffre identique (29 % « à l’aise ») lorsque les femmes sont en poste et doivent renégocier leur salaire – même après de longues années d’expérience. En ce qui concerne l’obtention d’une promotion, le fossé entre les femmes et les hommes est moins élevé, mais persiste toutefois (41 % contre 53 %).

L’autre phénomène majeur qui accélère les écarts professionnels entre les hommes et les femmes tourne autour de la maternité. 69 % des femmes estiment que cette étape de leur vie pénalise leur carrière (stagnation du salaire, mise à l’écart de projets importants, manque d’opportunité d’ascension hiérarchique, etc.) « Les cadres supérieures n’échappent pas non plus à cette mécanique », observe la dirigeante au sein du groupe Bayard. Plus de la moitié des femmes (58 %) estiment que le calcul des pensions de retraite ne tient pas suffisamment compte du fait d’avoir eu et d’avoir élevé des enfants. C’est sans compter qu’elles occupent aussi plus fréquemment des emplois précaires (CDD, temps partiel).

Peu d’investissements sur l’avenir

Ces différences entre les sexes, notamment salariales, conduisent les femmes à moins épargner et donc à moins investir. Ces dernières ont pourtant une excellente capacité à suivre leurs finances personnelles, à gérer un budget familial et encore à épargner le peu dont elles disposent (68 %). Principalement, pour subvenir à des besoins futurs (liés à la santé) ou encore pour la retraite (39 %). Cependant, elles ont moins le réflexe que les hommes d’investir sur l’avenir. A travers, par exemple, un achat immobilier (17 %), le financement des études des enfants (17 %) ou encore la réalisation d’un projet entrepreneurial (4 %).

Une majorité d’entre elles (69 %) privilégie des placements sûrs, même si le rendement est faible. Une minorité seulement (11 %) accepte une part de risque de perte en capital en échange d’un rendement potentiellement plus élevé (11 %). Or, « les femmes pourraient investir sur des actifs dynamiques sans mettre en péril l’aspect sécuritaire d’un patrimoine ou d’une épargne. Tout est question de dosage, de diversification et d’horizons d’investissement », explique Françoise Neige, directrice de la gestion de fortune chez Natixis Wealth Management. Conséquence ? Les hommes sont trois fois plus nombreux que les femmes à investir en bourse (23 % contre 8 %). Les genres se distinguent également par les produits financiers en leur possession : les femmes ont des comptes bancaires personnels (80 %) ou des livrets d’épargne (78 %), mais largement moins de plans épargne retraite (15 %), d’assurances vie (13 %), de plans épargne en actions (11 %), d’actifs en crypto-monnaies ou d’actifs virtuels (3 %). Certaines d’entre elles déclarent ne pas être suffisamment informées. En bout de course, elles sont plus nombreuses à se retrouver en situation de fragilité financière, car l’avenir n’a pas suffisamment été anticipé et sécurisé.

Plus de sensibilisation et de formation

Ce constat est problématique d’après les deux dirigeantes, car les individus vivent 10 ans de plus en moyenne en France – et les femmes, elles, vivent quelques années de plus encore que les hommes. 70 % craignent de percevoir une pension de retraite insuffisante (contre 57 % des hommes). Certaines sont même prêtes à réduire leur niveau de vie, à trouver un travail d’appoint, voire à utiliser leur épargne.

Les entreprises et les managers ont un rôle clé à jouer en amont dans la sensibilisation et la formation de leurs collaboratrices : « Dans des ateliers, nous accompagnons les jeunes filles et les femmes à se libérer pour parler d’argent sans tabou. Les hommes le font plus naturellement, affirme la dirigeante chez Natixis Wealth Management. Les lignes bougent. De plus en plus de femmes cherchent à s’informer ou sont averties, car elles doivent gérer un patrimoine qui est le fruit de leur travail : elles ont eu accès à des postes de management, ont été créatrices d’entreprise, ont cédé des projets, etc. Mais, pour toutes les autres femmes, une grande partie du chemin reste à parcourir. Ces phénomènes culturels prennent du temps. »

Plus les années passent, plus la situation se détériore, d’après le Baromètre. Dès leurs premiers choix de carrière, les femmes sont moins attentives au salaire. Elles disposent, alors, de moins d’épargne et se sentent moins bien outillées que les hommes pour faire fructifier leur argent. Les inégalités économiques et financières entre les hommes et les femmes continuent de se creuser au fil du temps – jusqu’à placer ces dernières en situation de fragilité au moment de la retraite, alors qu’elles vivent plus longtemps. « Ce n’est pas une fatalité, c’est une construction sociétale qui peut être défaite », termine Sibylle Le Maire. Il est important de prendre conscience des limites culturelles imposées par soi-même et les autres, de ne pas déléguer ces sujets à un tiers et d’y consacrer davantage de temps afin d’en maîtriser tous les rouages.

*La 5ème édition « Le temps, c’est de l’argent » du Baromètre Vives média « Les femmes et l’argent » a été dévoilée ce mercredi 4 mars 2026. Cette enquête, réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la population française de 2000 personnes de 18 ans et plus, a été menée en ligne du 20 au 28 janvier 2026.