Selon un livre publié par deux économistes allemand et autrichien, les salariés qui réussissent le mieux en entreprise sont aussi les plus coopératifs car leurs compétences sont indispensables. Mais s'il y a de fortes inégalités au sein d'une équipe cet équilibre vertueux de la réussite par la collaboration peut être rompu.
Qui a dit qu'il fallait jouer des coudes pour obtenir une promotion? Pas Matthias Sutter. Selon ce spécialiste de l'économie comportementale et directeur du prestigieux institut Max Planck en Allemagne, ce sont les employés qui coopèrent le plus qui ont aussi le plus de chances de grimper les échelons, et donc indirectement d'accéder aux plus hauts salaires.
"Les données du marché du travail montrent clairement que les individus coopératifs et altruistes ont plus de chances de réussir", explique-t-il dans une interview donnée au journal économique Handelsblatt.
"Ceux qui savent résoudre les conflits, trouver des compromis et maintenir la cohésion des équipes sont plus précieux", ajoute-t-il.
Les personnes qui préfèrent la coopération communiquent plus, coordonnent mieux en travail d'équipe, construisent la confiance et donc entraînent les autres. Or ces compétences sont très importantes dans le monde du travail, et indispensables dans les positions de management.
Quand tous les invités versent de l'eau dans le tonneau de vin
Pourtant, certains seraient tentés de penser qu'il vaut mieux agir de manière égoïste pour progresser. Dans un livre intitulé "Plus fort ensemble", Matthias Sutter et son collègue Martin Kocher (économiste et ancien ministre du Travail de l'Autriche) tentent d'expliquer dans quelles circonstances la coopération fonctionne mieux.
Pour illustrer le problème de la coopération, Matthias Sutter donne un exemple dans une interview accordée au journal die Zeit: "Un couple pauvre voulait organiser un grand mariage malgré leurs faibles moyens et avait demandé à leurs invités d'apporter du vin et de le verser dans un tonneau. Or, lorsqu'ils l'ouvrirent, ils découvrirent qu'il ne contenait que de l'eau. Chacun avait secrètement économisé et versé de l'eau, persuadé que sa contribution passerait inaperçue – mais ce soir-là, tous eurent la même idée."
Que retenir de cette histoire? "Coopérer, c’est assumer des coûts pour qu’un projet soit couronné de succès pour le groupe", explique-t-il. Pour que les individus coopèrent, ils doivent être rassurés sur le fait qu'il n'y aura pas de passagers clandestins.
C'est pourquoi les règles et les sanctions en cas de manquements font aussi partie d'une bonne coopération. Les auteurs défendent l'idée de la confiance sous conditions, ou la "confiance par défaut jusqu'à preuve du contraire".
"Faire confiance ne signifie pas tout laisser passer. Un bon leadership implique d’abord d’accorder sa confiance, mais aussi d’énoncer clairement les attentes et de sanctionner les infractions aux règles", explique Matthias Sutter.
"Les gens ont généralement envie de rendre la confiance qu'on leur accorde"
Certains facteurs viennent en revanche perturber cet équilibre. C'est le cas s'il y a de fortes inégalités au sein d'une équipe. "Nos recherches montrent que plus les inégalités sont grandes au sein d'un groupe, plus la coopération devient difficile. Les gens sont plus enclins à coopérer lorsqu'ils ont le sentiment de partager équitablement le succès commun."
Mais une fois ces conditions réunies, la coopération marche plutôt bien selon eux. "Nos recherches montrent clairement que les gens ont généralement envie de rendre la confiance qu'on leur accorde. Lorsqu'une personne fait un effort ou vous délègue une responsabilité, la plupart des gens ressentent un fort besoin de justifier cette confiance. C'est pourquoi il est souvent préférable de ne pas entamer une relation sur un climat de méfiance", poursuit le chercheur.
Ils observent en revanche, qu'en période de crise, les entreprises ont tendance à moins faire confiance à leurs salariés avec plus de contrôle et de reporting. "Probablement parce qu’un contrôle strict paraît plus facile et plus immédiat. Pour beaucoup de managers, la confiance semble être un luxe réservé aux périodes fastes", explique-t-il.
Pourtant, ses recherches montrent que "lorsque les managers sont plus à l’écoute, communiquent plus clairement et traitent leurs employés avec plus de respect, la satisfaction au travail augmente significativement". Et dans une réaction en chaîne vertueuse, la motivation et la performance augmentent et la rotation du personnel diminue. Les entreprises, elles aussi, ont donc tout à y gagner.
Source BFM Business