Jeunes, cadres… Une nouvelle étude alerte sur la montée de l'absentéisme dans les entreprises

Rédigé le 22/06/2026

Jeunes, cadres… Une nouvelle étude alerte sur la montée de l'absentéisme dans les entreprises

Si le taux d'absentéisme des cadres reste en moyenne deux fois moins élevé que celui des non-cadres, celui-ci s'accélère particulièrement avec une hausse de 35,2 % depuis 2019, d'après une étude menée par Malakoff Humanis, publiée ce mardi.

Ils étaient historiquement plutôt épargnés par l'absentéisme au travail. Ces dernières années, les cadres sont pourtant de plus en plus nombreux à s'arrêter. C'est ce que révèle le 10e baromètre annuel mené par le groupe de protection sociale français Malakoff Humanis et l'Ifop sur l'absentéisme dans le secteur privé, présenté ce mardi.

L'étude s'appuie sur un panel représentatif de 3.000 salariés, 400 dirigeants d'entreprises et 200 médecins généralistes. Elle a également pris en compte les arrêts déclarés pour 3,8 millions de salariés et le suivi médical de plus de 300.000 personnes en arrêt long.

Hausse qui s'accélère

Résultat, le taux d'absentéisme toutes catégories confondues, qui s'établit à 4,3 %, ne cesse d'augmenter. Il a progressé de 25,5 % par rapport à 2019. La rupture liée au Covid intervenue en 2020 n'a pas été suivie d'un retour à la normale, bien au contraire.

SOURCE : ANALYSE DE L'ABSENTÉISME, VISION DSN, 2025

Et chez les cadres, historiquement moins concernés, la hausse semble même s'accélérer. Si le taux d'absentéisme reste deux fois moins élevé que celui des non-cadres, il augmente très rapidement. Depuis 2019, l'évolution de l'absentéisme s'élève à +35,2 % chez les cadres.

Et elle concerne toutes les catégories d'âge, notamment les jeunes, les moins de 30 ans étant les plus nombreux à s'arrêter au moins trois fois dans l'année. Des arrêts multiples symptôme, selon les auteurs, « d'un rapport au travail qui se construit sur des bases fragilisées ». Les cadres les plus jeunes sont aussi de plus en plus souvent en arrêt. Chez les 25-29 ans, le taux d'absentéisme augmente de 10,6 % entre 2024 et 2025, et de 10 % pour les 30-34 ans.

Des arrêts plus longs

Pourquoi cette hausse particulièrement ciblée chez les cadres ? Principalement à cause d'une durée des arrêts maladie qui s'allonge : la durée moyenne est passée de 16,4 jours en 2019 à 20,2 jours en 2025. 53 % des managers déclarent s'être vus prescrire au moins un arrêt en 2025, « un chiffre en nette progression depuis l'introduction de nouvelles formes de travail comme le management hybride », souligne les auteurs.

Ces arrêts de plus en plus longs sont dus, en majorité, aux problèmes de santé mentale, devant les troubles musculosquelettiques et la traumatologie. S'il s'agit en moyenne chez l'ensemble des salariés du deuxième motif d'arrêts prescrits, la santé mentale s'érige à la première place des motifs d'arrêts longs (plus de 30 jours). Et chez les cadres, elle représente même 44,4 % des pathologies menant à un arrêt sur la période 2020-2025, contre 32,5 % chez les non-cadres.

Dans les pays occidentaux, ces troubles de la santé mentale sont en nette recrudescence depuis la pandémie de Covid. « Cette hausse s'explique à la fois par des facteurs professionnels, sociétaux et conjoncturels, et par une meilleure reconnaissance et un meilleur diagnostic », explique Jordan Gendre, directeur médical chez Malakoff Humanis.

Libération de la parole

Hyperconnectivité, surcharge cognitive ou encore isolement social et précarité de la jeune génération, les causes sont multiples. Pour autant, Jordan Gendre se veut rassurant : « Parallèlement, la libération de la parole et une meilleure formation des professionnels de santé au repérage psychologique permettent une prise en charge plus précoce et préventive », analyse-t-il.

Mais avec la saturation des structures spécialisées, l'accès aux soins psychologiques et psychiatriques reste toutefois difficile et contribue aussi à l'allongement des arrêts. Face à cette augmentation du taux d'absentéisme, l'étude souligne un paradoxe : « Bien que le niveau de préoccupation des entreprises concernant l'absentéisme n'ait jamais été aussi élevé (63 %), plus d'une entreprise sur deux (55 %) n'a déployé aucune action pour y faire face. »

Pour pallier le phénomène, l'organisme appelle à miser sur la prévention et à mieux accompagner le retour au travail des salariés, notamment via du temps partiel thérapeutique ou encore des aménagements de poste.

Source les Echos - Inès Sauvaget