Selon un sondage, près de 7 Français sur 10 avouent avoir déjà été sidérés par une remarque inattendue au travail, dont près d’un tiers à plusieurs reprises. Cela reflète le décalage entre la perception qu'ils ont d'eux-même et celle des autres.
C'est un paradoxe bien Français. Une majorité d'actifs se pensent objectifs et lucides, mais se heurtent à des retours en décalage complet avec l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, selon un sondage réalisé par Fasterclass, une entreprise qui propose des formations et du coaching pour les managers.
Ainsi, à la question: "Avez-vous déjà été surpris par un feedback qui ne correspondait pas du tout à l’image que vous aviez de vous-même?", 93% des personnes interrogées confirment. Dans le détail, cela arrive "souvent" pour 23%, "parfois" pour 49% et rarement pour 21%.
Le décalage est parfois tel entre la perception du manager et celle du salarié qu'il en résulte un véritable choc. Près de 7 Français sur 10 avouent avoir déjà été sidérés par une remarque inattendue, et même 3 sur 10 à plusieurs reprises.
Résultat, quand le décalage est trop fort et qu'il vient heurter la représentation de soi et de son identité, la tentation d'ignorer ou de remettre en cause la critique est forte. Ainsi, 23% éludent la remarque en mettant en question la légitimité de l’interlocuteur et 21% cherchent à se justifier. Seuls 17% tentent d’abord de comprendre et d’approfondir les propos pour avancer de manière plus constructive.
"Le regard des autres nous surprend encore massivement"
Ce constat est d'autant plus surprenant que deux tiers des actifs sont persuadés de bien se connaître, dont près d’un sur cinq "très bien". De plus, 8 Français sur 10 s'estiment aussi lucides ou plus lucides sur eux-mêmes que la moyenne.
Mais ce décalage vient peut-être de leur vision: "En ce qui concerne leurs points faibles, les Français font (encore) confiance à leur propre regard", note l'étude. Plus de la moitié (53%) estiment être les mieux placés pour juger leurs propres failles et défaillances, contre seulement 19% qui font davantage confiance à leurs collègues.
"Ce que révèle cette étude, c’est un paradoxe frappant: nous sommes nombreux à penser bien nous connaître, mais le regard des autres nous surprend encore massivement, et la plupart du temps négativement", estime Raphaël Maisonnier conférencier et CEO de Fasterclass.
"Souvent, le feedback mal formulé agit comme un miroir brutal — mais quand même nécessaire — pour progresser réellement", estime-t-il.
Les Français aiment faire l'autruche
Mettre les formes apparaît donc plus que nécessaire. Surtout quand on sait que les Français ont tendance à faire l'autruche. Presque un sur deux (49%) éprouve une certaine appréhension à demander un retour sincère par peur de fragiliser son image professionnelle (16% "beaucoup" et 33% "un peu"). À l'inverse, ils sont 28% à ne redouter aucune critique et même 11% à en louer certaines vertus comme le renforcement personnel.
"Demander du retour, c’est tout sauf un aveu de faiblesse: c’est envoyer un signal fort. Celui de quelqu’un de motivé, qui veut progresser, qui ne laisse rien au hasard et qui a le sens du détail. Autrement dit, une véritable opportunité de renforcer sa réputation professionnelle", juge de son côté Raphaël Maisonnier.
Reste à savoir comment dispenser ce retour pour qu'il soit bien reçu par les salariés. Sachant que le traditionnel entretien annuel ne suscite pas un enthousiasme débordant, déjà parce que les managers ne peuvent pas avoir en tête ce qu'il s'est passé pendant toute l'année.
"Les conseils, les retours, les critiques constructives doivent avoir lieu toute l'année, c'est un travail de tous les jours, par message, au téléphone, sur un document partagé, lors d'un point à deux....", estime Alice Burks, DRH Monde chez Deel.
Enfin, contrairement à ce qu'on pense parfois, le retour peut aussi être positif. Valoriser les comportements que l'on souhaite encourager peut parfois être plus efficace que de faire une critique trop directe, de braquer un salarié et de perdre sa confiance.
Source BFM Business Marine Cardot