Casque sur les oreilles, playlist lancée : le réflexe est presque universel chez les étudiants et les employés de bureau. Mais une étude américaine vient nuancer ses vertus supposées sur la concentration.
Entrez dans n'importe quelle bibliothèque et vous tomberez presque à coup sûr sur un étudiant, écouteurs vissés sur les oreilles, en train de réviser en musique. Ce réflexe n'est pas nouveau : depuis les années 1990 et le fameux supposé "effet Mozart", l'idée que la musique classique (ou plus largement la musique en général) dope la mémoire et l'apprentissage a la peau dure dans la culture populaire. Mais une étude américaine récente nuance le tableau.
Ces musiques qui aident à travailler
Le phénomène a donné naissance à une véritable économie. Sur YouTube, la chaîne Lofi Girl (cette adolescente façon série d'animation japonaise, casque sur les oreilles et cahier ouvert devant elle) diffuse en boucle, depuis 2017, des heures de hip-hop lofi pensées pour accompagner les séances de travail. Le succès est phénoménal : plus de 12 millions d'abonnés, une communauté mondiale connectée en permanence via le chat en direct, et un genre musical, le "lo-fi" (pour low fidelity), devenu synonyme de concentration studieuse dans l'imaginaire collectif des générations Z et Alpha.
Ce succès ne doit rien au hasard. Les plateformes de streaming comme Spotify, Deezer ou Apple Music ont elles aussi flairé le filon, en multipliant les playlists "focus", "deep work" ou "study beats". Le point commun de ces productions : des rythmes lents, sans paroles, répétitifs et peu surprenants, conçus pour habiller le silence sans capter l'attention. Une recette qui a même inspiré des personnalités politiques ou des créateurs de contenu bien au-delà du cercle des étudiants, preuve que le besoin de fond sonore pour travailler dépasse largement les salles de bibliothèque.
Musique en travaillant : pas toujours une bonne idée ?
Cette bande-son universelle a ses limites. Une psychologue de l'éducation américaine, spécialiste de la cognition et de l'attention, a interrogé plus de 160 étudiants sur leurs habitudes d'écoute pendant la lecture, l'écriture, les mathématiques ou les révisions, avant de mener une seconde enquête auprès de 103 autres étudiants de premier cycle. Résultat de son étude, relatée dans The Conversation : si la musique aide beaucoup à se sentir plus motivé ou impliqué, cet effet dépend fortement du genre choisi, de la nature de la tâche et de la confiance que chacun a dans sa propre capacité à rester concentré. Autrement dit, il n'existe pas de recette universelle qui fonctionnerait pour tout le monde, sur toutes les tâches.
Le principal écueil identifié par la chercheuse concerne les paroles. Pour des tâches qui mobilisent fortement le langage (lire ou écrire, en particulier) une chanson dont on connaît le texte capte l'attention et entre en concurrence directe avec le travail intellectuel en cours. Certains étudiants ont même rapporté que la musique instrumentale les détournait de leur lecture, l'esprit se mettant à suivre la mélodie plutôt que le texte. La chercheuse recommande donc une approche stratégique plutôt qu'automatique : réserver les morceaux familiers et entraînants aux tâches routinières, privilégier le silence ou le bruit blanc pour les exercices complexes, et surtout écouter les signaux de sa propre concentration plutôt que de partir du principe que la musique aide, par défaut, à travailler.
EN BREF
- Depuis les années 1990, l'idée que la musique améliore la mémoire et l'apprentissage persiste, mais une étude américaine récente nuance cet effet.
- La chaîne YouTube Lofi Girl, avec plus de 12 millions d'abonnés, diffuse du hip-hop lofi pour accompagner les séances de travail.
- La musique peut distraire lors de tâches complexes; privilégiez le silence ou le bruit blanc pour une concentration optimale.
Source Psychologies