En dépit du contexte économique français, certains secteurs et métiers tirent leur épingle du jeu. Leur dimension à la fois indispensable et stratégique pousse les entreprises à embaucher des profils aux compétences rares et capables de se former en continu. Regards croisés de Matthieu Imbert-Bouchard et Quentin de Beaufort, directeurs chez Robert Half.
Malgré un contexte économique chahuté en France, plusieurs secteurs et métiers semblent passer à travers les mailles du filet. « La situation économique reste délicate, il y a toujours des freins au recrutement dans de nombreuses entreprises, mais certaines fonctions, indispensables au bon fonctionnement de l’organisation, sont épargnées. Il ne s’agit pas là de recrutement de confort », explique Quentin de Beaufort, directeur recrutement chez Robert Half. Près d’un tiers des entreprises (29 %) prévoient, en effet, d’embaucher de nouveaux collaborateurs en CDI avant la fin de l’année, d’après l’étude* du cabinet, publiée fin août 2026.
Les résultats de l’étude illustrent, dans le même temps, un marché de l’emploi plus exigeant en matière de compétences attendues. Elles sont de plus en plus spécifiques, allant dans le sens de la croissance et de la productivité. « Les entreprises continuent d’embaucher des profils aux compétences rares, ceux qui soutiendront les objectifs stratégiques de l’entreprise « , affirme Matthieu Imbert-Bouchard, directeur à Robert Half. Si elles recherchent des expertises techniques pointues de la part des candidats, elles attendent également de l’esprit critique et une bonne capacité à communiquer afin d’être en mesure de maîtriser l’intelligence artificielle. Ce constat démontre que l’intégration des nouveaux outils digitaux n’altère pas le besoin de talents de qualité.
Concrètement, parmi les secteurs qui recruteront le plus d’ici à la fin de l’année, on retrouve : l’énergie, la défense, l’assurance et l’industrie pharmaceutique. Au regard des transformations numériques majeures qui traversent les entreprises et de la nécessité de sécuriser l’activité, les métiers les plus recherchés portent en premier lieu sur les postes de direction. « Les dirigeants doivent donner un cap stratégique, s’y tenir, mettre les autres en mouvement. C’est un rôle vital, mais pas évident dans le contexte actuel », pense-t-il. S’ensuivent des fonctions très opérationnelles, ou qui appellent une expertise pointue, telles que la gestion de projets IT (32 %), incluant les enjeux de cybersécurité. Mais aussi, la finance et la comptabilité (25 %), les fonctions support comme les ressources humaines (30 %), les questions juridiques (27 %), ou encore la gestion des risques et de la conformité et les fonctions commerciales.
Des candidats frileux à l’idée de changer d’entreprise
Cependant, dans le climat actuel, recruter n’est pas si simple. Les candidats sont plus frileux à quitter une entreprise pour une porte : « Même face à une belle offre, les candidats redoutent de devoir prendre des risques, changer d’entreprise, valider une période d’essai ailleurs. Les décideurs sont dans la même logique, voire plus réticents encore, car leur poste est très exposé. Les postes de management, eux, sont de moins en moins attractifs, tandis que les rôles de pilotage de l’activité sont moins remplacés. Ils coûtent cher et ont moins de sens pour les organisations aujourd’hui. C’est une tendance qui se confirme année après année. »
Aussi, pour faire face à cette méfiance généralisée, et aux pénuries de compétences qui en découlent, certaines organisations sont prêtes à redoubler d’efforts en déployant une stratégie multi-approches, rapporte également l’étude de Robert Half. Près de la moitié d’entre elles (46 %) prévoient d’investir dans la formation, la reconversion et la montée en compétences de leurs collaborateurs, tandis que 41 % prévoient de repenser les fonctions et les modes de travail (flexibilité, hybridité, etc).
En cela, les employeurs adoptent « une approche ciblée pour recruter, tout en investissant dans la formation et la montée en compétences de leurs collaborateurs », termine Matthieu Imbert-Bouchard. L’essentiel n’étant pas de disposer de toutes les compétences, mais d’être enclin à en développer de nouvelles rapidement : « Les entreprises n’attendent pas que les candidats disposent de toutes les compétences, mais qu’ils aient une véritable appétence pour l’apprentissage, l’adaptabilité, la curiosité. »
Source Courier Cadres - Léa Lucas