La période de la "grande démission", qui a suivi la fin de l'épidémie de Covid et qui a vu de nombreux salariés changer de job, semble bel et bien derrière nous. L'heure semble plutôt être au "job hugging" (qu’on pourrait traduire par "s’accrocher à son emploi").
Tous les voyants de l'emploi en France passent au rouge. Avec une situation internationale incertaine, le retour de l'inflation, la perspective d'une crise financière et le retour du chômage, les salariés français changent leur fusil d'épaule. Terminée, la "Grande démission" qui a suivi la fin de l'épidémie de Covid et qui a incité de nombreux salariés à changer de job. Aujourd'hui s'ouvre l'ère du "job hugging" (qu’on pourrait traduire par "s’accrocher à son emploi").
Selon la dernière édition du HP Work Relationship Index, un baromètre mondial sur l'emploi, 67% des salariés français interrogés (knowledge workers) estiment qu’il serait actuellement trop risqué de quitter leur emploi. "Cette prudence traduit un phénomène émergent, celui du "job hugging". Après les années de "Big Quit" (Grande Démission) et de "job hopping" (Zapping professionnel), les salariés français restent aujourd’hui davantage en poste", peut-on lire.
L'étude précise que les "knowledge workers" ou les professionnels du savoir "sont des travailleurs qui mobilisent principalement leurs facultés cognitives, relationnelles, communicatives, en collaboration avec d’autres travailleurs et/ou avec des machines dans le cadre de leur activité professionnelle".
Ce souhait de stabilité s'inscrit dans une tendance également forte, celle de la raréfaction des offres d'emploi. Selon une étude d'Indeed, "les offres d’emploi restent en baisse, les salaires affichés progressent moins vite que les prix et la part des CDI recule dans plusieurs familles de métiers". Précisément, selon les données analysées par le Hiring Lab d’Indeed, les offres d’emploi publiées sur la plateforme ont diminué de 16,6% en septembre 2026 sur un an.
Remontée du chômage
Le repli du nombre d'offres varie de -7% dans le génie industriel à -31% dans la création artistique et le design. "Certains secteurs continuent toutefois de faire preuve de davantage de résistance. La restauration, le commerce de détail, le nettoyage et l’assainissement, ainsi que certains métiers de la santé et de la protection, affichent notamment un volume d’offres supérieur à leur niveau d’avant la pandémie", indique le spécialiste.
"Pour les candidats, le ralentissement du marché signifie globalement moins d’opportunités et davantage de concurrence pour les postes disponibles, même si les besoins restent importants dans certains secteurs", commente Indeed.
Ce constat est confirmé par la remontée du taux de chômage. Il a atteint 8,3% au 2ème trimestre 2026, contre 7,6% un an plus tôt et 7,4% deux ans plus tôt. Le chômage devrait même atteindre 8,6% à la fin de l'année selon les prévisions de l'Insee.
Moins de CDI proposés
Autre point d'attention, la baisse du nombre de CDI proposés. "Parmi les offres publiées par des employeurs directs sur Indeed, hors intérim, la part des CDI est passée de 78% en 2024 à 75% en 2026. Cette évolution recouvre cependant des situations très différentes selon les métiers. La part des CDI progresse notamment dans la construction (+8 points), le transport routier (+3 points), la production et fabrication (+3 points) et la logistique (+2 points). À l’inverse, elle recule de 18 points dans le nettoyage et l’assainissement, et de 8 points dans les médias et la communication ainsi que dans les métiers de la pharmacie."
"Ces évolutions ne signifient pas nécessairement que les entreprises renoncent aux recrutements durables. Elles peuvent aussi traduire, dans certains secteurs, une volonté de conserver davantage de flexibilité face à un environnement économique moins prévisible", commente l'étude.
Dans le même temps, les salaires proposés à l'embauche s'effritent alors que l'inflation bondit. "La progression des salaires affichés sur Indeed s’est établie à 1,7% sur un an en août 2026, contre 2,6% d’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Cet écart entre évolution des rémunérations proposées et évolution des prix constitue un point d’attention pour les actifs, en particulier pour ceux qui envisagent une mobilité professionnelle", prévient la plateforme.
"Dans un marché où les offres sont moins nombreuses, les candidats peuvent ainsi être confrontés à un double effet : moins d’opportunités et des rémunérations qui progressent moins vite que le coût de la vie", poursuit-elle.
Source BFM Business