Le 1er mai chômé pour tous, c'est bientôt fini ?

Rédigé le 21/01/2026

Ce jeudi 22 janvier 2026, les députés français vont se pencher sur une proposition de loi visant à permettre l’ouverture de certains commerces le 1er mai. Déjà adoptée par le Sénat, la proposition mobilise les syndicats, qui y voient une attaque contre les droits des travailleurs.

Seul jour férié légal obligatoirement chômé et payé en France, le 1er mai vit-il ses derniers instants ? Actuellement, seuls les salariés qui exercent «dans les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail» peuvent travailler ce jour-là. Cette disposition restrictive, garantie par le Code du travail, est désormais sur la sellette.

Si le Code du travail est clair sur qui peut travailler le 1er mai, la réalité est plus complexe. Ainsi, les artisans qui sont également chefs d’entreprise ont le droit de travailler le 1er mai, mais ne peuvent pas faire venir leurs salariés en renfort. Une autorisation ministérielle de 1986 ouvrait cependant cette possibilité à certains commerces. Boulangers et fleuristes s’étaient saisis de cette disposition pour ouvrir à l’occasion de la fête du Travail.

Un vide juridique à combler

Mais en 2006, une décision de la Cour de Cassation fragilise les bases de cette dérogation, laissant les artisans dans le flou. Un vide juridique qui, après des années sans conséquences, s’est traduit en 2023 et 2024 par des rappels à la loi et des verbalisations de l’inspection du travail à l’encontre de fleuristes, de jardineries et de boulangers faisant travailler des salariés ce jour-là. Ces décisions ont pris de court les artisans concernés et mobilisé leurs fédérations professionnelles, ouvrant la boîte de Pandore.

Demain, le 1er mai sera-t-il un jour férié comme un autre ?

En proposant d’élargir les commerces autorisés à ouvrir le 1er mai aux établissements «dont le fonctionnement ou l’ouverture est rendu nécessaire par les contraintes de la production, de l’activité ou les besoins du public», les sénateurs à l’origine de la proposition de loi assurent qu’il «ne s'agit en aucun cas de remettre en cause le caractère férié et chômé de cette journée, mais de reconnaître la spécificité de certaines activités - à l'instar des boulangeries ou des fleuristes - qui participent pleinement à notre vie quotidienne et à notre patrimoine culturel». Il s’agit donc, selon eux, de «rétablir un équilibre entre le respect des droits des salariés et la nécessaire adaptation du droit aux réalités du terrain».

Ces arguments ne convainquent pas les syndicats, qui soulignent dans un communiqué commun que «cette proposition de loi remettrait en cause ce jour de repos rémunéré pour l'ensemble des salarié·es. Sous couvert d'une liste d'établissements visés, elle constitue une première brèche et remet en cause la précieuse exceptionnalité du 1er mai. Or nous savons qu'à chaque fois qu'un principe est remis en cause, la dérogation s’étend progressivement à toutes et tous.»

L'argument controversé du «volontariat»

Les organisations syndicales s’inquiètent également de l’argument du «volontariat» : «mis en avant pour rassurer, il n'existe pas réellement du fait du lien de subordination inhérent au contrat de travail, d’autant plus dans les TPE». Rappelant ce qu’il s’est passé avec le travail le dimanche, elles se montrent pessimistes quant aux perspectives d’un 1er mai travaillé sur cette base : «Les employeurs obligent ainsi les salarié·es à travailler le dimanche sous peine de licenciement, ou de non-recrutement pour les nouveaux salarié·es ; il en sera de même avec le 1er mai.»

Présentée en procédure accélérée, la proposition de loi a été adoptée par les sénateurs l’été dernier. Le vote des députés ce jeudi est donc décisif pour décider de l’avenir du 1er mai dans le droit du travail français.

Source Capital - Claire Sejournet