Nos conseils pour retrouver un emploi après 50 ans

Rédigé le 27/02/2026

Entre formation, réseautage ou management de transition, des solutions existent pour transformer le nombre d’années en atouts.

Décrocher un entretien d’embauche, ne serait-ce que cela ! D’après Le Défenseur des droits, un candidat âgé entre 48 et 55 ans a trois fois moins de chances d’être appelé pour un entretien qu’un 23-30 ans. Un problème de stigmatisation et de stéréotypes, mais peut-être aussi de méthode et d’état d’esprit. « La déception et la perte d’estime de soi s’accumulent quand on est l’éternel numéro 2 dans les short-lists de candidats et qu’on n’est jamais choisi. Il faut cependant garder un esprit dynamique et redevenir acteur de son projet professionnel. C’est la clé pour cultiver sa durabilité », conseille Frédérique Jeske, fondatrice du cabinet Uskoa et de l’association Senior for Good.

Opter pour un CV Projets

Pour cela, plusieurs leviers. À commencer par le développement de son employabilité. À 50 ans et plus, un candidat a souvent accumulé les expériences et la tentation de (sur)charger son CV est légitime. Prudence toutefois avec l’empilage de dates chronologiques, car il risque de perdre le recruteur. Mieux vaut préférer un CV « projets » ou un CV de compétences. Comme son nom l’indique, il valorise des projets clés et met en valeur les compétences acquises tout au long d’une carrière. Les avantages : une lecture rapide, une contextualisation de l’expérience et une mise en avant des aptitudes plus que du statut. Ce travail de valorisation est tout autant valable lors des entretiens. « Plutôt que d’énumérer 20 ou 30 ans de parcours professionnel, je préconise d’identifier ce que j’appelle la « proposition personnelle de valeur unique – PPVU ». Cela consiste à s’approprier un discours de performance individuelle : expériences marquantes, succès rencontrés, obstacles franchis, qualités (soft skills) acquises, objectifs souhaités… Cette technique permet au recruteur de se projeter dans l’avenir avec le candidat et, non, de rester figé dans le passé », renchérit Frédérique Jeske.

Se former pour évoluer

Si la durée moyenne d’une compétence technique était auparavant de 30 ans, elle est aujourd’hui, d’après l’OCDE, de seulement… deux ans. D’où l’importance de se former en continu. Dans tous les domaines (tech, IA, management, marketing, ventes…), de nombreuses formations sont disponibles et prises en charge par le compte personnel de formation (CPF).  Certaines sont même dédiées aux seniors comme le parcours « Rebond » proposé par l’Apec ou le programme « Atout Senior » de France Travail pour les demandeurs d’emplois. Geeta Lucas, 59 ans, a suivi ce type de formation dans le domaine des RH avec l’organisme Ifocop. « France Travail m’a proposé un programme de huit mois, dont quatre en entreprise. La formation a été intense, j’étais la plus âgée des participants et j’ai dû sortir de ma zone de confort. Mais cela a porté ses fruits, j’ai été recrutée chez Eiffage début décembre, pour une création de poste en tant que gestionnaire de projets de formation », raconte l’ex-cadre qui a passé 34 ans chez Lenôtre.

Se mettre en mode mission

Salons, conférences, club d’échanges entre pairs… Rester visible et dans le « moove » est indispensable. « Le réseautage est capital, il permet de développer son personal branding, mais aussi de s’informer sur ce qui se passe dans son cercle. J’invite vraiment les seniors à développer leur communauté, à rencontrer de jeunes managers et à investir les réseaux sociaux, particulièrement LinkedIn », conseille Frédérique Jeske qui, de manière générale, suggère d’étudier toutes les formes de travail alternatives au bon vieux CDI. Portage salarial, job sharing, management de transition… sont autant d’autres pistes à considérer pour mettre à profit son expertise et faire valoir son expérience. Frédéric Guillaume, ex-DRH dans l’industrie, a ainsi opté pour le management de transition quand, à 50 ans, il s’est retrouvé sur le marché de l’emploi. « Je n’arrivais pas à retrouver de poste. Je me suis rapproché de cabinets spécialisés dans le management de transition pour trouver des missions. J’en ai réalisé une douzaine, la plupart du temps dans des entreprises en réorganisation, pour des durées comprises entre quatre mois et deux ans », témoigne le sexagénaire qui prévient qu’il « faut pouvoir s’adapter rapidement à des situations différentes et accepter la mobilité. »

Cibler les TPE et les PME

Certains experts estiment que revoir, à la baisse, son niveau de rémunération peut jouer en faveur des cadres en recherche d’emploi. Pourquoi ? « Les besoins ne sont plus les mêmes passé la cinquantaine. Il faut accepter une certaine agilité sur le salaire et délier l’ancienneté de la rémunération », tranche Alban Azzopardi, directeur général de l’activité transition de management au sein du cabinet Grant Alexander. Un changement de posture radical, à compenser éventuellement par des avantages en nature (voiture, téléphone, titres restaurants, etc.). Cibler des TPE/PME, en recherche de savoir-faire, peut s’avérer stratégiquement plus payant. Après 30 ans de carrière à différents postes, dont le dernier chez un géant de l’intérim, Valérie Sortambosc, 54 ans, en a eu assez des fusions et des réorganisations à répétition. « Je voulais intégrer une petite structure, à mon sens plus humaine. J’ai été chassée sur LinkedIn », raconte la quinqua qui a été recrutée en septembre chez Wyse, un cabinet conseil en stratégie de cinq personnes.

Se mettre à son compte, une bonne idée ?

Chaque année, d’après l’Insee, 90 000 seniors en moyenne créent leur entreprise. « Ce choix ne doit pas être subi, mais motivé et bien préparé », recommande Frédérique Jeske. Bilan de compétences, formations, accompagnement par des réseaux à la création (BGE, Initiative France, CCI, Réseau Entreprendre, Force Femmes…), ateliers de France Travail ou de l’Apec … Ces dispositifs permettent de se lancer dans de bonnes conditions. Ils peuvent être pris en charge au titre du CPF. Si ce n’est pas cas, des conseillers en évolution professionnelle (CEP) peuvent aider, sur consultation gratuite, à trouver des solutions.

Concernant l’allocation chômage, voici la durée maximale d’indemnisation selon les âges (ils étaient inférieurs de deux ans jusqu’au 1er avril 2025) :

  • De 50 à 54 ans, la durée d’indemnisation maximale est de 18 mois comme pour la majorité des salariés ;
  • De 55 à 5- ans, la durée d’indemnisation maximale est de 22,5 mois ;
  • À partir de 57 ans, la durée d’indemnisation maximale est de 24 mois.

A noter que les seniors peuvent bénéficier du cumul emploi-retraite.

Témoignage d’une reconversion réussie

De directeur grands comptes à créateur d’huile d’olive

Quand, à 57 ans, Jean-Mathieu Diebold a appris que son poste de directeur grands comptes chez Oracle allait être supprimé, il n’a pas hésité longtemps : « Je possédais une oliveraie en Grèce, à Kalamata, et je produisais un peu d’huile d’olive à des fins personnelles. Je me suis dit que c’était l’occasion d’en faire un vrai business et de vendre mes produits en ligne. » Dans le cadre d’un plan de départ, Oracle l’accompagne dans la création de son entreprise, puis, rapidement, France Travail le met en relation avec BGE Picardie. « J’y ai suivi des ateliers sur le fonctionnement de la TVA, l’e-commerce, le marketing des réseaux sociaux, très utiles pour mon projet », se souvient-il. Son entreprise, O Kairos, créée en 2022, a vendu une tonne d’huile en 2024. Ses objectifs désormais : développer le marché américain et le B to B.

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