Las au travail, vous vous demandez peut-être s'il faut changer d'entreprise, vous reconvertir, ou vous contenter de votre poste, à défaut de mieux. Voici comment procéder pour y voir plus clair et retrouver de l'entrain.
Depuis un an, le moral de Pierre* au travail est en dents de scie. Consultant dans un grand groupe, il avait fait part à ses supérieurs de son envie de progresser dans la hiérarchie, en s'appuyant sur ses bons résultats des cinq années passées. Mais il n'a pas été promu. « Pire : à la suite d'une réorganisation en interne, mon poste a changé et j'ai le sentiment d'avoir été déclassé », confie-t-il.
Au mitan de la cinquantaine, il est lucide. « Personne ne me le dira ouvertement en interne mais je le sais : en raison de mon âge, je n'ai aucune perspective d'évolution dans mon entreprise. Difficile de garder la motivation dans ces conditions. »
Dans le secteur du conseil depuis vingt-cinq ans, il pourrait postuler chez la concurrence. Mais il préfère emprunter un autre chemin. « J'ai aussi envie de me protéger, en créant mon propre poste pour être maître de mon destin et ne plus être tributaire des autres. »
Il a donc décidé de se lancer à son compte. Désormais, sur son temps libre, il cherche une entreprise à reprendre, dans le secteur de la santé qu'il suit depuis toute sa carrière. Il fera ses adieux à son employeur une fois qu'il aura trouvé, et que le projet sera assez abouti pour s'y consacrer.
Effectuer des changements en interne
Que faire si, comme Pierre, vous vous sentez démotivé au travail ? « On a souvent le réflexe de se dire qu'on va changer de boîte et de métier. Alors que parfois, il suffit que peu de choses changent dans son travail pour que tout change pour la personne », observe Gérald Maury, directeur de projet pour Mon Conseil en évolution professionnelle en Nouvelle-Aquitaine.
En clair, opérer une reconversion à 180 degrés peut être opportun mais n'est pas toujours la clé. Pour les salariés attachés à leur entreprise et à leur secteur d'activité, retrouver la motivation tient parfois simplement à un changement de mission, à des horaires plus adaptés à leurs contraintes personnelles, à une charge de travail différente, à de nouvelles modalités de télétravail…
Faire un état des lieux
Si vous êtes las au travail, vous relativisez peut-être en vous disant que votre emploi a malgré tout des avantages : un bon salaire, des missions pas palpitantes mais sur lesquelles vous êtes à l'aise, un manager sympa… « Mais trouver que son boulot n'est pas si mal, ça veut souvent dire qu'il n'est pas si bien, relève Ludovic de Gromard, cofondateur de l'organisme de formation Chance, qui propose des bilans de compétences. Avoir le sourire le lundi matin est tout sauf inaccessible ! »
Pour savoir quelle suite donner à votre carrière, il recommande dans un premier temps de faire un état des lieux de votre situation, à l'écrit. Et ce, en se basant sur la méthode « CIPA », qu'il a mis au point avec son équipe.
D'abord, réfléchissez à la contribution (C) que vous voulez avoir. Souhaitez-vous avoir un job utile, à qui, pour quoi ? (utile pour la planète ? utile pour couvrir les besoins de votre famille ?) Ensuite, faites le point sur le type d'interactions (I) qui vous épanouit au travail : préférez-vous un environnement où vous êtes très autonome ? Où vous travaillez seul ou en équipe ? Avec quel type de manager ?
Puis, listez vos contraintes personnelles (P) sur le plan financier, géographique et horaires : « Combien vous faut-il gagner au minimum pour rembourser votre emprunt immobilier ? A quels moments devez-vous être libre pour aller chercher vos enfants à l'école ? Dans quel périmètre géographique devez-vous trouver un emploi pour ne pas être séparé de votre conjoint ? », donne en exemple Ludovic de Gromard. Enfin, réfléchissez aux activités (A) et aux tâches que vous savez faire, et que vous aimez faire ou non.
L'importance de se faire aider
Parce que des choix professionnels ne se prennent pas à la légère, n'hésitez pas à vous faire accompagner. Les salariés et indépendants peuvent par exemple faire appel au conseil en évolution professionnelle (CEP), un service gratuit proposé par l'Etat. « Cela permet d'exposer sa situation dans un endroit neutre auprès d'un conseiller. Il pourra vous accompagner dans le projet et la concrétisation de celui-ci, en explorant différentes pistes et en mobilisant les dispositifs adéquats », explique Gérald Maury.
On vous parlera par exemple peut-être du projet de transition professionnelle (PTP), qui permet de s'absenter de son travail pour se former à un nouveau métier, tout en percevant tout ou partie de son salaire. Ou du bilan de compétences, dont le but est de faire un point plus poussé, et qui peut être financé à l'aide de votre CPF.
« Pour faire avancer votre réflexion, il est absolument nécessaire d'échanger avec d'autres professionnels », avance Ludovic de Gromard. Encore faut-il trouver des gens partants pour vous consacrer du temps. Pour cela, il recommande de faire appel à la communauté d'entraide en ligne « 3 minutes pour les autres », créée il y a deux ans et qui rassemble 19.000 membres. « Chaque jeudi, chaque personne prête à partager son expérience et son réseau reçoit une liste personnalisée de dix demandes de personnes qui s'interrogent sur leur projet professionnel ou qui ont besoin qu'on leur ouvre une porte vers une entreprise. » Autre option : partager vos questionnements sur des groupes dédiés, comme le groupe Facebook des « Paumé.e.s ».
Si changer de métier semble être ce qu'il vous faut, discutez avec des gens qui ont exercé ou exercent la profession que vous visez. « Cela vous permettra de confronter ce que vous avez lu/entendu avec la réalité », indique Ludovic de Gromard. Et, peut-être, de vous éviter de mauvaises surprises.
* Le prénom a été modifié
Sources les Echos - Chloé Marriault

