Cumul emploi retraite : le dispositif va se durcir… mais pas pour tout le monde

Rédigé le 02/07/2026

Dans quelques mois, le dispositif de cumul emploi retraite sera entière réformé, devenant moins attractif pour les salariés qui souhaitent reprendre ou conserver une activité quand ils partent à la retraite. Mais au moins une catégorie professionnelle devrait échapper à ce durcissement.

Sera-t-il toujours intéressant de cumuler retraite et activité professionnelle complémentaire dans quelques mois ? Pour l’écrasante majorité des personnes concernées, la réponse est non. En effet, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a profondément modifié ce dispositif.

Actuellement, le cumul emploi retraite (CER) permet aux salariés ayant liquidé toutes leurs retraites et cessé toutes leurs activités professionnelles de reprendre, une fois officiellement à la retraite, une activité professionnelle tout en bénéficiant de leurs pensions de retraite. Le cumul peut être intégral ou partiel. Pour bénéficier d’un cumul intégral, il faut avoir obtenu toutes ses retraites (de base et complémentaire), avoir atteint l’âge légal de départ à la retraite (62 à 64 ans selon son année de naissance) et cotisé la durée nécessaire pour une retraite à taux plein (ou alors avoir atteint l’âge légal de retraite à taux plein automatique, 67 ans). Si ces conditions sont remplies, le retraité cumule intégralement ses pensions de retraite et ses revenus professionnels.

Si le retraité ne remplit pas toutes les conditions pour bénéficier d’un cumul intégral, il peut tout de même obtenir un CER partiel. Ses revenus professionnels soumis à CSG et ses pensions brutes ne doivent pas dépasser le plus haut de ces deux plafonds : 160% du Smic brut au 1er janvier de l'année, calculé sur la base de 1 820 heures par an, soit 2 916,85 euros mensuels au 1er janvier 2026. Les montants qui dépassent ce plafond sont déduits des pensions de retraite.

Avec la réforme, ce système disparait : les conditions du cumul seront fonction uniquement de l’âge. Ainsi, pour les personnes prenant leur retraite avant l’âge légal variant de 62 à 64 ans 62 à 64 ans selon l’année de naissance (carrières longues, handicapinaptitude…), les revenus de l’activité professionnelle seront intégralement déduits de la pension de retraite. Il n’y aura donc financièrement aucun intérêt à reprendre une activité professionnelle en étant à la retraite.

Pour les personnes prenant leur retraite entre l’âge légal et 67 ans (l’âge de départ automatique à taux plein), un cumul sera possible, mais très limité. En effet, les revenus de l’activité professionnelle seront intégralement cumulables avec les pensions s’ils ne dépassent pas 7 000 euros (montant qui doit encore être confirmé par décret). Pour les montants supérieurs, la fraction au-delà de 7 000 euros sera déduite pour moitié des pensions de retraite. Par exemple, si le retraité gagne 25 000 euros de revenus professionnels en un an, 9 000 euros seront déduits de sa retraite, car la part de ses revenus professionnels dépassant le plafond de 7 000 euros s’élève à 18 000 euros. La moitié déduite est donc de 9 000 euros.

Enfin, seules les personnes prenant leur retraite à partir de 67 ans pourront cumuler intégralement leurs pensions de retraite et leurs revenus professionnels. Dans ce cas, ils pourraient même acquérir de nouveaux droits à la retraite.

Pousser les salariés à travailler plus longtemps ?

L’idée derrière ce texte est de pousser les salariés seniors à rester dans le monde du travail plus longtemps avant de demander leurs pensions de retraite, plutôt que de demander leur retraite dès l’âge légal atteint et travailler quelques heures à côté durant plusieurs années. Le gouvernement espère économiser deux milliards d’euros de pensions de retraite d’ici 2030 avec cette réforme. Cependant, cela reviendrait aussi à diminuer les cotisations que versent les salariés travaillant avec ce cumul emploi retraite, le gain net pour les finances publiques sera donc inférieur.

Actuellement, environ 600 000 retraités travaillent via le dispositif du CER. Ce nouveau fonctionnement doit s’appliquer uniquement aux personnes partant en retraite à compter du 1er janvier 2027. Celles partant d’ici la fin de l’année continueront de bénéficier du dispositif actuel. Elles ne doivent cependant pas se contenter d’avoir demandé leur retraite d’ici le 31 décembre, mais bien avoir fait les démarches plusieurs mois en amont pour être effectivement à la retraite à cette date.

Si la réforme défavorise les salariés, certains estiment qu’elle n’avantage pas non plus les entreprises. En effet, plusieurs directeurs des ressources humaines de grands groupes ont signé une tribune une tribune dans Le Journal Des Entreprises le 1er juin dernier dans laquelle ils s’inquiètent de cette évolution. « Par crainte d’être pénalisés par les nouvelles règles, de nombreux seniors avancent leur départ à la retraite. Des compétences clés quittent les entreprises plus tôt que prévu, sans que les plans de transmission aient pu être menés à terme. Ce phénomène, que nous observons concrètement dans nos organisations, préfigure l’ampleur des pertes à venir », note la tribune. Elle explique que la transmission des compétences a souvent besoin de se poursuivre après le départ en retraite, d’où l’intérêt du cumul emploi retraite, et craint que si les retraités ne sont plus incités à poursuivre une activité ponctuelle après leur départ, de nombreux savoir-faire se perdent.

Ces DRH se disent « profondément sceptiques » sur le fait que la réforme encouragera à travailler plus longtemps. « Dans les faits, la grande majorité des salariés liquide sa retraite dès l’atteinte du taux plein. C’est le contrat social, compris et accepté par tous, et la volonté de sécurisation d’un acquis, qu’aucune mesure détournée ne remettra en cause. Le résultat sera simplement une contraction sévère du travail à la retraite, sans augmentation significative des prolongations de carrière ». Ils demandent a minima que le seuil d’écrêtement soit fixé à 50 000 euros annuels, et non 7 000 comme actuellement envisagé.

S’ils n’ont pour l’instant pas été entendus, le gouvernement va reculer pour une catégorie professionnelle précise, selon un article de Ouest France daté de la semaine dernière les médecins généralistes dans les déserts médicaux devraient être exemptés de cette réforme. La Caisse autonome de retraite des médecins de France s’était en effet également insurgée contre cette réforme, parlant d’« écrêtement confiscatoire ». Les médecins généralistes dans les déserts médicaux continuent souvent d’exercer une fois à la retraite faute de remplaçants. Selon l’Assurance maladie, cela pourrait concerner 53 000 praticiens.

Source  Cadremploi