Le taux d'absentéisme a encore augmenté, passant de 5,3% en 2023 à 5,8% en 2024, selon le baromètre Mercer. Les arrêts maladies longs, en lien avec la santé mentale, sont en nette augmentation.
Les entreprises n'ont pas trouvé le moyen d'enrayer ce fléau. Le taux d'absentéisme a encore grimpé l'an dernier, passant de 5,3% en 2023 à 5,8% en 2024, selon le baromètre annuel publié ce mardi 22 juillet par Mercer. Un taux qui n'a cessé d'augmenter depuis le Covid. Pour rappel cette proportion était à 5.2% en 2022 et à 4,8% en 2021 selon Mercer.
Un salarié sur trois s'est absenté au moins une fois en 2024 (31%), la même proportion que l'année précédente. Mais la durée moyenne des arrêts s'est allongée, passant de 18 à 19 jours en un an.
Si les causes de cette évolution sont multiples, la question de la santé mentale a pris une place bien plus prépondérante ces dernières années. "Pendant longtemps, les absences liées au travail étaient principalement attribuées aux troubles musculo-squelettiques, mais aujourd’hui, les risques liés à la santé mentale s’imposent de plus en plus comme une cause majeure", note le baromètre.
Les burn-out et dépressions engendrent plusieurs mois d'arrêt
La durée de l'arrêt nous renseigne aussi sur les causes de l'absentéisme. Les arrêts "courts", de moins de 6 jours sont en légère augmentation (+1%). Ils correspondent généralement à des "maladie ordinaires".
Les arrêts "moyens" entre 6 et 15 jours correspondent souvent à des troubles légers de santé mentale ou à des symptômes dépressifs mineurs. Il s'agit de la seule durée qui a baissé entre 2023 et 2024. Mais cela ne veut pas dire que ces enjeux sont moins prégnants.
En effet, les arrêts de travail "longs" de plus de 15 jours, sont ceux qui subissent la plus forte hausse (+6%). Ils englobent à la fois les maladies graves, des troubles musculosquelettiques mais aussi les troubles psychologiques.
"Les troubles profonds de santé mentale, comme le burnout ou la dépression, engendre des arrêts de plusieurs mois", explique à BFM Business Camille Mosse, directrice santé et prévoyance chez Mercer France.
Une tendance confirmée par une étude du cabinet Ekilibre qui relèvent "des situations de détresse psychologique", au travail notamment. Selon ce sondage, près de 8 salariés sur 10 font état d'une fatigue professionnelle, les trois quarts vivent ainsi un stress quotidien et 43% expriment un sentiment de mal-être au travail.
Les femmes particulièrement touchées
Les femmes sont particulièrement affectées par les problématiques de santé mentale. Ce qui pourrait expliquer, entre autres, leur taux d'absentéisme plus élevé que celui des hommes (7,9%, contre 4,4%).
"Il faut aussi savoir que les troubles musculo-squelettiques touchent plus les femmes que les hommes, c'est un sujet physiologique qui fait que les femmes plus affectées dans les mouvements", détaille Camille Mosse.
Enfin, cette différence dans l'absentéisme s'explique aussi tout simplement par le fait les femmes ont recours au congé maternité. Il est en effet bien plus long que le congé paternité. Il faut toutefois noter que ce dernier est passé de 14 à 28 jours en 2021. Pour autant, les hommes restent réticents à le solliciter et n'ont pris que 16 jours de congé en moyenne dans ce cadre en 2024.
Pourquoi les plus âgés ont aussi des problèmes psy
On aurait aussi tort de croire que ces sujets ne concernent que les jeunes générations. Ces dernières sont certes particulièrement concernées par les troubles anxieux ou dépressifs ainsi que par les interrogations liées au sens du travail mais les séniors font aussi face à des problématiques psychologiques.
"Les travailleurs plus âgés sont particulièrement affectés par la transformation du travail, nos organisations évoluent très vite, avec de nouveaux outils, de nouvelles technologies", relève Camille Mosse.
"Certains n'arrivent pas à suivre, ils sont laissés sur le carreau et ça peut créer des problèmes de santé mentale."
Par ailleurs, le taux d'absentéisme particulièrement élevé chez les plus âgés s'explique évidemment par une santé physique plus dégradée. Les seniors sont plus touchés par les maladies graves et les troubles musculo-squelettiques. Ils peuvent également être amenés à soutenir un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap.
"Taper du poing sur la table ne suffira pas"
Si la santé mentale préoccupe particulièrement les professionnels, la santé physique ne s'améliore pas non plus. Les résultats du baromètre Mercer suggèrent une dégradation des conditions de travail et/ou de la santé physique des salariés, puisque le taux d'absence pour accident du travail ou maladie professionnelle est passé de 0,6% en 2023 à 0,8% en 2024.
"Les entreprises ont pris en charge ce sujet, ce qui explique que le taux augmente moins que pour les arrêts-maladie, mais il reste évidemment des choses à faire", juge Camille Mosse.
Le taux d'absentéisme est d'ailleurs bien supérieur pour les non-cadres que pour les cadres. Parmi les secteurs les plus touchés, on retrouve les services à la personne (10,7% contre 8,8% en 2023) et les centres d'appels (9,8% contre 10,3% en 2023).
La publication de ce baromètre intervient au moment où le gouvernement envisage de serrer la vis sur les arrêts maladie, notamment avec un allongement du délai de carence. Mais Camille Mosse appelle plutôt à trouver "des solutions structurelles pour assurer un rétablissement durable".
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"Il est évident que taper du poing sur la table et demander aux Français de revenir au travail ne suffira pas à résoudre durablement les véritables problématiques sous-jacentes à cet absentéisme, telles que la transformation du monde du travail, dans laquelle les entreprises peinent à engager leurs collaborateurs, ou encore la santé mentale, qui constitue un facteur clé de l’absentéisme", enfonce-t-elle.
Source Marine Cardot – BFM Business