Alors que la loi Rixain impose aux entreprises cotées 30% de femmes au comité exécutif depuis le 1er mars, une étude de Skema Business School s’est penchée sur le taux de féminisation des différentes instances dirigeantes des sociétés du Cac40, mais également sur la relation entre féminisation, performance environnementale et performance économique.
30% de femmes au comité exécutif (ComEx) : c’est l’obligation faite aux entreprises cotées en bourse par la loi Rixain, depuis le 1er mars de cette année. A défaut de comité exécutif, les sociétés doivent appliquer cette règle à leur comité de direction, ou à leur plus haute instance de direction opérationnelle. Il s’agit d’une première étape : le taux sera de 40% en 2029.
Cette loi, votée en décembre 2021, vient compléter la loi Copé-Zimmerman, votée en 2011 et qui a commencé à s’appliquer en 2014. Celle-ci oblige les entreprises cotées à avoir au moins 40% de femmes dans leur conseil d’administration. Mais ses lois sont-elles appliquées, et quels sont leurs effets, au-delà de la féminisation ?
L’Observatoire de la féminisation des entreprises de l’école de commerce Skema Business School s’intéresse depuis 2007 au taux de femmes en poste à responsabilité dans les entreprises du Cac40 et au lien entre ce taux et la performance des entreprises à plusieurs niveaux. Son édition 2026 dresse un panorama de la situation.
Côté conseil d’administration, les sociétés du Cac40 sont en moyenne conformes : en 2025 au global, 45,95% de leurs administrateurs sont des administratrices, à savoir 255 sur 555. Côté ComEx, elles étaient l’an dernier, alors que la loi n’était pas encore en application, presque conformes à la loi qui s’applique depuis le 1er mars de cette année. En effet, 28,85% des membres du ComEx étaient des femmes, contre 30% attendues depuis le 1er mars. Cela correspond à 153 femmes sur 531 postes. En 2008, elles étaient 6,3%. Sept entreprises sur quarante respectaient déjà à la fois la loi Copé – Zimmerman (pour les conseils d’administration) et la loi Rixain (pour les comités exécutifs) : Accor, BNPParibas, Kering, Engie, Publicis, Schneider Electric et Société Générale. En revanche, EssilorLuxottica n’avait aucune femme dans sa plus haute instance dirigeante, et cinq entreprises n’en avaient qu’une seule (Bouygues, ArcelorMittal, Eurofins Scientific, Stellantis, STMicroelectronics).
En revanche, les femmes atteignent encore très peu les plus hauts échelons : elles sont 7,5% des présidents et / ou directeurs généraux du Cac40. Elles étaient 6,25% en 2024. Dans le détail, sur 68 postes, l’étude a compté deux présidentes du conseil d’administration et quatre directrices générales (une de plus qu’en 2024), et aucune présidente – directrice générale, alors que 14 entreprises du Cac40 ont un PDG.
L’impact pour les cadres
L’étude parle aussi d’un « double plafond de verre » entre les effectifs, l’encadrement et les instances dirigeantes. Elle calcule en effet la différence entre le taux de féminisation des effectifs et le taux de femmes chez les cadres et ingénieurs, d’une part, et la différence entre le taux de femmes cadres et ingénieurs et le taux de femmes dans les instances dirigeantes, d’autre part. En effet, les cadres et ingénieurs sont considérés comme le principal vivier des instances dirigeantes. L’ensemble des entreprises du Cac40 comptent donc 28,81% de femmes au ComEx, pour 37,71% de femmes cadres et ingénieures, 39,99% de femmes dans les effectifs totaux. La moitié des entreprises ont une différence de plus de dix points entre le taux de femmes chez les cadres et ingénieurs et le taux de femmes dans la plus haute instance dirigeante. Le plafond de verre reste donc une réalité.
EssilorLuxottica est là aussi pointée du doigt, puisqu’elle compte 50,47% de femmes cadres et ingénieurs, pour aucune en instance dirigeante. A l’inverse, certaines entreprises sont peu féminisées mais font en sorte que leurs instances dirigeantes soient représentatives. Ainsi, Orange compte 23,6% de femmes chez les ingénieurs et les cadres, et 21,43% de femmes au comité exécutif. Il arrive même qu’elles soient sur-représentées dans les instances dirigeantes par rapport à la population cadre/ingénieur. Dix d’entre elles ont ainsi un taux de féminisation de leur plus haute instance dirigeante supérieur au taux de féminisation des effectifs cadres et ingénieurs. Société Générale est l’exemple le plus marquant : 54,55% de femmes au Comex pour seulement 41% dans la population cadres / ingénieurs.
L’étude observe également une « polarisation sexuelle des grandes entreprises du CAC40 » qui s’accentue : certaines entreprises sont de plus en plus féminisées, d’autres de plus en plus masculinisées. Les auteurs parlent de « pink ghetto » et de « blue ghetto ».
Dans cet observatoire, les chercheurs s’intéressent également aux conséquences concrètes de la féminisation des entreprises du Cac40. Il s’avère que la mixité des instances dirigeantes a un effet limité sur les performances des entreprises, à part sur la rentabilité opérationnelle. En revanche, des effectifs globaux et de management intermédiaire suffisamment mixtes sont fortement corrélés avec l’accroissement du cours de bourse, la diminution du risque financier et les perspectives de croissance. Ils observent également une forte corrélation avec la rentabilité opérationnelle, la responsabilité sociétale et la responsabilité environnementale.
A l’inverse, les entreprises dont le management intermédiaire est moins féminisé connaissent une rentabilité moindre, une responsabilité sociale et environnementale plus faible, de moindres performances sur les marchés boursiers, et présentent un risque plus élevé en tant qu’investissement financier.
Source Cadremploi

