Certains employeurs écartent des candidats sur la base de critères discriminants, comme l'âge ou l'apparence, bien que ce soit interdit. Pour que cela ne se sache pas, ils donnent aux profils qui postulent d'autres motifs, plus entendables.
« Nous avons finalement retenu une candidature interne » ; « nous préférons avancer avec des candidats qui ont plus d'expérience » : voilà les réponses typiques que donnent les recruteurs quand ils souhaitent mettre fin à un processus de recrutement. « Si ces justifications peuvent être vraies, elles sont aussi régulièrement utilisées pour masquer la vérité », explique Lionel*, recruteur dans le secteur de la tech.
Le Code du travail est clair : aucun candidat ne peut être écarté en raison de son âge, de son sexe, de sa situation familiale, de ses opinions politiques, de son apparence… En pratique, ces discriminations existent, mais les recruteurs veillent à ne pas les ébruiter.
« S'ils se le permettent, c'est parce qu'ils ne risquent pas grand-chose, pense Lionel. Bien souvent, les candidats ne connaissent pas leurs droits. Et quand c'est le cas, on les imagine mal engager des poursuites en justice s'ils pensent avoir été discriminés, d'autant que ce serait très compliqué à prouver. »
Une chemise froissée qui peut coûter cher
Grégory Marande, chasseur de têtes dans la mode, le luxe et le design, a l'habitude de suggérer des profils variés à ses clients qui recrutent. A son grand désarroi, il sait que certains sont rapidement écartés, malgré un parcours en béton. « J'ai beaucoup de mal à placer les profils âgés de plus de quarante-huit ans, par exemple. Les entreprises estiment qu'ils coûtent trop cher, qu'ils ne sont plus dans le coup et qu'ils sont moins malléables qu'un jeune », déplore-t-il.
Au-delà de l'âge, le sexe peut également influer sur la décision. « A parcours égal, des employeurs donnent la priorité à des hommes pour ne pas avoir à gérer de congé maternité », dénonce le chasseur de têtes. « A l'inverse, certains n'étudient que les CV de femmes quand ils souhaitent rendre plus paritaire une équipe majoritairement masculine », constate Gwladys Ramette, chasseuse de têtes.
Autre motif que les employeurs n'évoquent pas, et qui pèse parfois dans la balance : l'apparence. « Une entreprise a préféré éconduire une candidate arrivée en entretien mal coiffée et avec une chemise froissée, se souvient une chasseuse de têtes, qui préfère garder l'anonymat. Cela ne préjugeait en rien de ses compétences, mais le recruteur s'est dit que comme elle serait en contact avec la clientèle, cela n'augurait rien de bon. »
Pas le bon signe astrologique
Les RH et chasseurs de têtes fourmillent d'anecdotes quand il s'agit de donner des exemples de motifs qu'ils n'ont pas pu avouer aux candidats. Grégory Marande, par exemple, évoque un employeur qui, après plusieurs entretiens, n'a pas retenu un candidat au motif que celui-ci n'avait pas le bon signe astrologique pour collaborer sereinement avec son futur supérieur.
Le rejet est parfois simplement dû à impression. A plusieurs reprises, les clients de la chasseuse de têtes Gwladys Ramette lui ont confié qu'ils ne sentaient pas un candidat, sans apporter d'éléments concrets.
« On ne peut pas faire ce genre de retour au candidat, sans argument fondé, cela décrédibilise l'entreprise, explique-t-elle. Alors, on trouve une pirouette… et on remet sérieusement en question notre collaboration avec un client qui manque autant de sérieux. »
Des réseaux sociaux passés à la loupe
Lorsqu'un candidat les intéresse, les recruteurs ont pour habitude de taper son nom sur Internet pour décortiquer tout ce qui ressort : Facebook, Instagram, LinkedIn… « C'est à la suite de cette petite enquête qu'une entreprise a renoncé à un profil qui affichait sur les réseaux sociaux son soutien au RN, parti dont les convictions ne correspondaient pas à celles des managers », raconte Grégory Marande.
Il se rappelle également deux candidats qu'il avait proposés, stoppés dans leur élan en raison du contenu publié sur leurs comptes Instagram publics. L'une apparaissait régulièrement en soirée en maillot de bain, l'autre réalisait des placements de produits légèrement vêtu. « Ces candidats étaient compétents, mais les entreprises ne souhaitaient pas faire affaire avec des profils pouvant renvoyer cette image », détaille-t-il.
Gwladys Ramette, quant à elle, a déjà vu des candidats écartés à cause de leurs commentaires et publications sur LinkedIn. « Lorsque les opinions exprimées sont très tranchées ou virulentes, cela inquiète les recruteurs. Certains préfèrent passer leur chemin, craignant que la personne, une fois en poste, manque de professionnalisme et de discernement quant à ce qu'il est judicieux ou non de publier sur les réseaux sociaux. » D'où l'importance, si vous êtes actifs en ligne, de réfléchir à deux fois aux possibles conséquences de votre contenu, si vos comptes sont à votre nom et ouverts.
Source Les Echos - Chloé Marriault

