Les chiffres montrent une tendance à la hausse des absences pour maladie chez les salariés européens. Deux profils sont de plus en plus concernés : les cadres et les jeunes. Une situation notamment due à la dégradation de la santé mentale.
Dans de nombreux pays d'Europe, c'est le même constat : les salariés s'absentent de plus en plus de leur travail pour maladie. Fin juillet, en Espagne la question des arrêts de travail faisait polémique, alors que les absences au travail dans le pays sont passées de 2,6 semaines par personne et par an à 5 semaines entre 2010 et 2025, selon l'OCDE. L'absentéisme, « c'est un cancer », avait même lancé Alberto Nuñez Feijoo, chef de l'opposition conservatrice.
Mais le pays ne fait pas figure d'exception. En France, un salarié était en moyenne 2,9 semaines par an en arrêt maladie en 2010, mais 4,1 semaines sur la même durée en 2025. En Allemagne, les arrêts maladie sont passés de 2,8 à 3,5 semaines par personne et par an entre 2010 et 2025. Pourquoi de telles augmentations ?
Ces dernières années, le taux des arrêts maladie est surtout tiré vers le haut par les absences de longues durées. La contribution des arrêts de plus de 6 mois dans le taux global d'absentéisme est passée de 1,6 % en 2022 à 2,1 % en 2025. S'ils sont moins fréquents que les arrêts courts, ce sont eux qui pèsent le plus sur l'absentéisme des salariés, suivis des arrêts entre deux et six mois, d'après l'étude d'AXA France Datastcope 2026. « Les causes principales de ces arrêts longs sont dues à des troubles psychologiques », affirme Yves Hérault, directeur data chez AXA Santé et collectives.
Cadres et jeunes de plus en plus absents
Une cause qui touche notamment deux populations traditionnellement moins impactées par les arrêts maladie, et qui, de fait, voient leur taux d'absentéisme augmenter particulièrement rapidement ces dernières années : les cadres et les jeunes. Entre 2024 et 2025, le taux d'absentéisme des cadres a augmenté de 8 % tandis que celui des non-cadres n'a progressé que de 4 % sur la même période, d'après le Datascope 2026 d'AXA.
Fait révélateur : « en ne retenant que les arrêts maladie (hors accidents du travail, maladies professionnelles), 2025 marque la première année où la durée moyenne d'arrêt des cadres dépasse celle des non-cadres », précise le Datascope 2026. Maladies cardiovasculaires et troubles musculosquelettiques sont, presque exclusivement, observés chez les non-cadres.
Et si de manière assez naturelle l'absentéisme croît généralement avec l'âge, la dynamique est très forte chez les moins de 30 ans. En 2025, ils ont été en moyenne 10 % de plus en arrêts très courts ou très longs par rapport à 2024. Outre la question de la santé mentale, « nous avons relié la fréquence de ces absences à des pics épidémiques par lesquels les jeunes semblent plus impactés », affirme Yves Hérault.
Des pays qui font exception
Malgré une croissance rapide des arrêts chez les jeunes, l'allongement de la durée de vie active lié au relèvement de l'âge de départ à la retraite fait aussi partie des facteurs clés, augmentant le nombre d'arrêts maladie. « Plus les travailleurs sont âgés, plus ils sont susceptibles de prendre des congés maladie », car plus susceptibles d'avoir des problèmes de santé, précise Matija Vodopivec, économiste à la direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales de l'OCDE.
A cela s'ajoute une pression professionnelle accrue. « Celle-ci est due à la pénurie de main-d'oeuvre. Il y a des difficultés à recruter du personnel dans certains pays compte tenu du faible taux de chômage », analyse Matija Vodopivec.
Si cette tendance s'observe dans de nombreux pays, tous ne sont pas concernés. En Italie par exemple, selon les chiffres de l'OCDE, les salariés étaient en moyenne 1,3 semaine par an et par personne en arrêt maladie en 2010 pour 0,6 semaine en 2025. Au Royaume-Uni, entre 2010 et 2020, l'absentéisme au travail pour maladie est passé de 2,1 semaines par personne et par an à 1,6.
Pour Matija Vodopivec, ces différences sont essentiellement dues à des raisons d'ordre structurel telles que la générosité des prestations, la mise en place des mesures d'intervention précoces visant à éviter un absentéisme inutilement prolongé, ainsi que les incitations financières des différents acteurs concernés (institutions et employeurs). « Les systèmes plus généreux présentent généralement des taux d'absentéisme plus élevés », explique l'économiste.
Source Les Echos Inès Sauvaget

